• La citation du jour / Flash-back : Débat sur l’identité nationale (6ème partie) Assemblée nationale

    La citation du jour

     La question de la sortie du capitalisme n'a jamais, été, plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d'une radicale nouveauté. A.Gorz : "Un système devenu fou".

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    Flash-back : Débat sur l’identité nationale (6ème partie)

    Assemblée nationale

    Présidence de Mme Danielle Bousquet,
    vice-présidente

    Mme la présidente. La parole est à M. François de Rugy.

    M. François de Rugy. Monsieur le ministre, tout a été dit sur votre manœuvre préélectorale autour de l’identité nationale. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

    M. André Schneider. Ah, ce n’est plus du même niveau!

    M. François de Rugy. Le peuple français est un peuple sage. Les Français ressentent profondément cette manipulation, et il y a fort à parier qu’ils vous la renverront en boomerang lors des élections régionales de mars prochain. À trop vouloir briller, monsieur le ministre, on finit par se brûler les ailes.

    À l’époque, j’avais fait partie de ceux que vos propos avaient choqués lorsque qualifiiez Nicolas Sarkozy de « néo-conservateur américain à passeport français ». Aujourd’hui aussi, vous devriez mieux choisir vos mots; l’intitulé même de votre ministère est pour nous une provocation.

    Que les choses soient bien claires: l’identité, nous sommes prêts à en discuter, mais ce qui nous étonne, c’est votre obsession à parler d’identité nationale en reléguant au second plan la République et ses valeurs: liberté, égalité, fraternité.

    M. André Schneider. Nous allons y revenir!

    M. François de Rugy. J’ai relu aujourd’hui le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 12 novembre à La Chapelle-en-Vercors.

    M. Daniel Fasquelle. Bonne lecture!

    M. François de Rugy. La réaffirmation de la place de la République dans notre identité ne vient qu’à la trente-sixième page. Et encore n’arrive-t-il pas à citer la devise!

    Auriez-vous un problème avec la liberté? Sans doute. Avec l’égalité?

    M. Henri Emmanuelli. Sûrement!

    M. François de Rugy. Assurément. Avec la fraternité? Ce n’est malheureusement même pas la peine d’en parler. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

    Contrairement à vous, nous ne réduisons pas la question de l’identité à la question de l’identité nationale. Par ailleurs, nous refusons un débat déclenché artificiellement d’en haut, organisé sur ordre par les préfets. La réflexion sur l’identité, qui est d’abord, pour nous, une réflexion personnelle de chacun, cette réflexion-là est permanente. Qui aurait imaginé un jour qu’elle serait commandée, imposée même, par l’État et le Gouvernement? Qu’aurions-nous dit si un autre pays avait fait cela?

    L’identité de chacun ne se réduit pas à l’identité nationale. Nous défendons une vision autrement plus complexe qui intègre et respecte l’histoire personnelle, familiale et sociale de chacun. Je pourrais à mon tour évoquer l’identité de personnes particulières.

    C’est l’honneur de la France que de respecter cette liberté essentielle. L’identité de chacun se nourrit de cultures diverses: par exemple, la culture ouvrière, la culture paysanne, la culture maritime, la culture montagnarde… Je pourrais allonger la liste pour notre pays.

    Bien sûr, il y a aussi une dimension collective. La force de la France est aussi de permettre à chaque trajectoire individuelle de participer à une histoire collective, elle-même toujours en perpétuelle construction.

    Tout le monde, d’ailleurs, n’a sans doute pas les mêmes références historiques. Peut-être ici même, dans cette assemblée, les références des uns et des autres ne sont-elles pas les mêmes. Pour nous, la Révolution de 1789 fait partie de l’identité nationale, mais aussi la Commune de Paris, juin1936, juin1944, mai1945 et, ne vous en déplaise, mai1968.

    Nous voulons rapprocher la question de l’identité de celle du sentiment d’appartenance. En France, le sentiment d’appartenance à cette communauté de vie et de destin qu’est la nation n’est pas exclusif d’autres sentiments d’appartenance. On raille parfois l’esprit de clocher; mais de la commune, parfois même du quartier, au monde, en passant par la région, la France ou l’Europe, les sentiments d’appartenance s’additionnent et s’imbriquent subtilement et utilement. C’est pour nous le meilleur antidote au racisme et à la xénophobie. À cet égard, je tiens, monsieur le ministre, à dénoncer vos propos rapportés dans Le Monde de ce soir, selon lesquels il faudrait une « hiérarchie » entre les sentiments d’appartenance.

    Pour les écologistes, s’il y a bien quelque chose à cultiver, c’est ce sentiment de multi-appartenance, y compris par un apprentissage, en plus de la langue française, de différentes langues: des langues régionales aux langues des pays d’origine, trop souvent ignorées par notre enseignement.

    Quand je disais que ce débat, ce questionnement sur l’identité, doit être permanent, je voulais souligner à quel point il est lié aux différents choix politiques que l’on fait. On ne peut pas monter de toutes pièces un débat sur l’identité nationale sans faire le lien avec les valeurs de la République ni avec les choix politiques sur des sujets aussi essentiels que la solidarité nationale, l’école, la sécurité sociale, les services publics ou encore, et surtout, la fiscalité. Oui, aujourd’hui l’école publique, La Poste ou la SNCF sont autant constitutifs de l’identité française que le drapeau bleu-blanc-rouge ou La Marseillaise .

    À quoi bon parler de l’identité nationale si l’on ne fait pas de la cohésion nationale une priorité? Il n’y aura pas de cohésion nationale sans cohésion sociale. Il n’y aura pas de cohésion nationale sans cohésion territoriale. Comment parler d’une France une et indivisible, aujourd’hui, quand on a laissé se créer des ghettos, quand on laisse les banlieues et les quartiers en difficulté sans perspectives?

    Comment oser parler d’identité nationale quand on en est à demander des certificats de nationalité à certains Français qui viennent faire renouveler leur carte d’identité dans les mairies ou les préfectures?

    Mme Pascale Crozon. Très bien!

    M. François de Rugy. Le Président de la République a dit dans son discours, en parlant des résistants: « Ils aimaient leur patrie parce qu’ils aimaient ce qu’elle avait fait d’eux. » Pensez-vous vraiment que nos compatriotes à qui l’on inflige ces vexations peuvent aimer ce que vos lois ont fait d’eux?

    Croyez-vous vraiment qu’en érigeant en dogme le bouclier fiscal on renforce le sentiment d’appartenance à la nation? Quel plus terrible symbole que de s’attaquer à l’impôt juste et équitable, qui est à la source de notre République depuis la Révolution française? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

    Votre prétendu débat est un bien triste cache-misère de toutes vos politiques qui vont à l’encontre du pacte social dans lequel se retrouve la très grande majorité des Français. Je ne prendrai, avant de conclure, qu’un seul exemple: qu’est devenu le si mal nommé plan « Espoir banlieues »? Rien n’a changé depuis les émeutes de novembre2005. Et c’est cela qui casse la logique du « vivre ensemble » au profit des logiques de repli et d’affrontement.

    M. Éric Raoult. Venez y vivre! Idéologue!

    M. François de Rugy. Tous ces exemples sont autant d’offenses à l’identité française, à l’identité de notre nation et de notre République, à cette identité ouverte et vivante à laquelle nous sommes, comme une très grande majorité de Français, attachés.

    La question de l’identité est complexe. C’est cette complexité qui fait sa richesse. C’est cette richesse qui fait la force de la France. En réduisant la question à une manœuvre politicienne préélectorale, vous appauvrissez ce qui fait la substance de la France. En un mot, vous l’affaiblissez. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SRC.)


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