• Billet d’humeur

    Il est admis et démontré que c’est la droite qui a fait venir des paysans illettrés dans les années 60-70 pour ne pas avoir à investir et augmenter les salaires, la même droite qui à la fois soutient les partis qui s’illustrent le plus par leur xénophobie, à la fois emploie des sans-papiers.

    C’est bien la droite capitaliste qui a fait venir les immigrés et qui les a abandonnés à leur sort ensuite. C’est toujours la même droite qui nous a parlé des odeurs, de la Marseillaise et de la racaille à nettoyer au Kärcher, c’est aussi celle qui criminalise les sans-papiers sans vraiment s’attaquer à ceux qui les emploient. 

    C’est toujours la même droite qui  délocalise la production en Asie où il n’y a ni droit du travail ni démocratie. C’est la même qui va nous parler d’ordre républicain, de la menace islamiste, des Français mis en minorité par la burqa et de l’identité nationale.

    Aussi bien les Français qui se sont enfoncés dans le chômage que les migrants et leurs familles, tous  sont  victimes d’une élite économique et politique qui adore privatiser les profits et socialiser les pertes.

    Jean-Daniel Chaoui

    Conseiller AFE

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    Burqa-bla-bla

    Les Français sont vraisemblablement plus nombreux à connaître le nombre de minarets en Suisse (quatre) et de « burqas » en France (trois cent soixante-sept (1)) qu’à savoir que le Trésor public a perdu 20 milliards d’euros à la suite d’une décision « technique » de l’exécutif.

    Il y a dix-huit mois en effet, au lieu de subordonner son sauvetage des banques en perdition à une prise de participation dans leur capital, laquelle ensuite aurait pu être revendue avec un joli bénéfice, le gouvernement français a préféré leur consentir un prêt à des conditions inespérées… pour elles. Vingt milliards d’euros de gagnés pour leurs actionnaires, c’est presque autant que le déficit de la Sécurité sociale l’an dernier (22 milliards d’euros). Et quarante fois le montant de l’économie annuelle réalisée par l’Etat lorsqu’il ne remplace qu’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux.

    Le rétablissement électoral du Front national, et plus généralement de l’extrême droite en Europe, n’est pas tout à fait étranger à cette distribution de l’attention publique entre la poutre des polémiques subalternes qu’on enflamme et la paille des sujets prioritaires dont on prétend qu’ils sont trop compliqués pour le commun des mortels. Le fiasco des élections régionales derrière lui, M. Nicolas Sarkozy va s’attaquer à la « réforme des retraites ». L’enjeu social et financier étant considérable, on sait déjà que le gouvernement français s’emploiera à distraire la galerie en relançant le « débat sur la burqa ».

    Riposter à cette manœuvre n’impose certainement pas de s’enfoncer sur son terrain boueux en donnant le sentiment de défendre un symbole obscurantiste. Encore moins de taxer de racisme les féministes — hommes et femmes — qui légitimement le réprouvent. Mais comment ne pas juger cocasse qu’une droite qui a presque partout associé son destin à celui des Eglises, du patriarcat et de l’ordre moral se découvre soudain éperdue de laïcité, de féminisme, de libre-pensée ? Pour elle aussi, l’islam accomplit des miracles !

    En 1988, M. George H. W. Bush succéda à Ronald Reagan après une campagne d’une démagogie insigne, au cours de laquelle il réclama que soit criminalisé le fait de brûler la bannière étoilée — un acte commis entre une et sept fois par an… Avec le courage qu’on imagine, plus de 90 % des parlementaires américains adoptèrent une disposition répressive allant en ce sens — laquelle fut annulée par la Cour suprême. Au même moment éclatait l’un des plus grands scandales de l’histoire économique des Etats-Unis, celui des caisses d’épargne déréglementées par le Congrès, que des aigrefins avaient pillées, enhardis par des sénateurs dont ils avaient financé les campagnes. En 1988, nul ou presque n’avait évoqué le péril d’une telle arnaque, bien qu’il fût déjà connu. Trop compliqué, et puis la défense du drapeau occupait les esprits.

    Le contribuable américain a payé 500 milliards de dollars le scandale des caisses d’épargne. On découvrira bientôt ce que cache réellement la « burqa ». Et combien cela coûte.

    Le Monde Diplomatique, Serge Halimi

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    la petite Inde de Mahajanga

    « OPK » : lorsque les commerçants du quartier de Mahabibo voient apparaître ces trois lettres sur les murs, ils se préparent au pire. Foules en ébullition. Pillages en perspective. Les mauvais souvenirs affleurent : une longue file d’hommes et de femmes emportant des sacs de riz, des téléviseurs, des motos ; les forces de l’ordre, aux premières loges, assistant à la razzia bras croisés ; et enfin, les magasins vides. A Mahajanga, au nord-ouest de l’île rouge, comme dans d’autres villes de la province malgache, c’est devenue une tradition : en temps de crise, les commerçants d’origine indienne font les frais du mécontentement populaire. « Que voulez-vous ? C’est comme ça, on est habitués, se résigne Hassan, cinquante six ans, à la tête d’une boutique d’électroménager. Les membres de notre communauté servent de boucs émissaires. Notre niveau de vie est au-dessus de la moyenne, alors on nous attribue tous les maux. »

    « OPK » est l’acronyme d’« Opération Karana ». A Madagascar, le terme Karana désigne la communauté d’origine indienne. 25 000 personnes. Moins de 0,1 % de la population. Hassan, l’esprit courtois et ironique, nous fait découvrir sa boutique. Barbe en pointe. Français fluide : « Je suis un indécrottable francophile. Vous savez pourquoi ? Je suis moi-même français ! » La nationalité des Karana offre un tableau éclaté. Beaucoup sont malgaches, français, indiens ; d’autres sont pakistanais ; les moins bien lotis sont apatrides. Communauté hétéroclite, méconnue, les Karana représentent l’« Autre » dans l’imagerie populaire malgache. Une hostilité diffuse, qui éclate au grand jour lors des crises politiques. On leur reproche un manque d’ouverture sur la société, mais aussi et surtout leur réussite dans le domaine du l’industrie et du commerce. Si les Karana sont démographiquement minoritaires, leurs activités contribuent pour environ un tiers au PIB de l’île. En 2004, parmi le « top 60 » des entreprises établies à Madagascar, quatorze étaient détenues par des capitaux Karana.

    Hassan manifeste une drôle de bonne humeur pour un commerçant fraîchement pillé. « En janvier 2009, lors des troubles qui ont conduit à la chute de l’ancien régime, les émeutiers m’ont tout pris. A la fin de la journée, mon magasin était entièrement vide. Il leur a fallu quatre heures. Je n’avais pas d’assurance. J’ai perdu des milliards d’ariary *. Heureusement, la communauté indienne de Mahajanga m’a aidé. » Ses deux employés l’écoutent sourire en coin, comme s’ils avaient déjà entendu cette histoire mille fois. « Pourquoi devrions-nous justifier notre position dans ce pays ? poursuit Hassan. Mon commerce, c’est le fruit de quatre générations d’épargne et de travail. J’investis dans ce pays. Et depuis tout ce temps, je n’ai même pas pu obtenir la nationalité malgache. » En dépit de son attachement à Mahajanga – c’est un zanatany, un « enfant de la terre » – Hassan a le sentiment d’occuper une place provisoire sur l’île. Son magasin a déjà été pillé trois fois. « Dès qu’une transition politique s’amorce », précise-t-il. En 1991, en 2002 et au début de l’année 2009. Depuis la mise en place du nouveau régime, marquée par un sévère coup de frein économique, les kidnapping visant des Karana se multiplient : deux cas ont été rendus publics à Mahajanga en 2010. « Dans ces conditions, comment voulez-vous vivre en paix ? demande Hassan. Je m’inquiète pour ma famille. »    

    L’histoire des Karana – tous originaires du Gujarat, au nord-ouest de l’Inde – s’inscrit dans une longue tradition maritime. Au xve siècle, l’océan Indien abritait un immense réseau de ports et de métropoles sillonné par des armateurs musulmans. Dans les comptoirs de la côte est de l’Afrique, on échangeait l’ivoire des royaumes Malawi et l’or du Monomotapa contre des marchandises venues d’Asie. Pourvoyeurs d’étoffes, les marchands gujerati acquièrent bientôt une position dominante sur la partie ouest de l’océan Indien. Leur présence est attestée à Madagascar dès le xviie siècle. « Il y a encore des tombeaux de nos ancêtres sur la côte, explique Hassan en étendant son bras vers le Nord. A cette époque, les commerçants gujerati passaient juste quelques mois dans les comptoirs de la Grande Ile. Seuls, sans leur famille. Puis ils repartaient pour l’Inde en boutre. Des frères et des cousins prenaient le relais. Mais à la différence des Arabes, les communautés Karana se sont peu métissées avec les populations africaines. » Il faudra attendre deux cents ans pour voir les Gujerati s’implanter de manière définitive à Madagascar. Leur principale porte d’entrée : Mahajanga. La « ville des Fleurs » s’impose bientôt comme la capitale Karana de l’île rouge.

    Dans la deuxième partie du xixe siècle, changement de donne commerciale. L’Empire moghol, qui règne sur le Gujarat, est officiellement aboli. Désormais, la couronne anglaise administre directement la région. Les usines britanniques, alimentées par le coton gujerti, produisent des étoffes à des prix défiant toute concurrence, compromettant le commerce des Indiens sur les côtes africaines. Les Karana sont contraints de s’adapter : ils troquent leur statut d’importateurs contre celui d’intermédiaires et de détaillants. « La population du Gujarat souffrait beaucoup à cette époque, précise Hassan. Plusieurs vagues de sécheresse nous ont affamés. Les autorités religieuses gujerti ont encouragé leurs fidèles à partir vers des terres plus clémentes. » A la fin du xixe siècle, lorsque les Français assoient leur domination sur Madagascar, les Karana contrôlent déjà de nombreux commerces au nord-ouest de l’île. Les colons, surpris par leur dynamisme, doivent compter avec eux. Ils les rangent dans la catégorie « Européens et assimilés », par opposition aux « indigènes », ce qui permettra à nombre de Karana d’obtenir la nationalité française.

    Ali, dix-sept ans, rencontré sur la corniche de Mahajanga, nous propose d’assister à un grand dîner organisé par sa communauté. « Le gujerati est ma langue maternelle, explique-t-il en exhibant fièrement son passeport indien. Mais mes parents m’ont toujours placé dans des écoles françaises, qui sont de bonne qualité à Madagascar. » Ali glisse quelques mots de verlan dans la discussion : « Prenez pas des tofs (photos) de moi, hein les mecs ? ». Il nous conduits devant l’une des nombreuses mosquées de Mahajanga. La prière du soir s’achève. Les hommes, coiffés d’un bonnet islamique, portent des toges blanches. Les femmes sont voilées. On nous invite dans le grand réfectoire qui regarde la mosquée. « Nous sommes Bohra, précise Ali. On ne se mélange pas avec les musulmans comoriens et malgaches. Même au sein de la communauté Karana, on occupe une place à part. »

    Les hommes s’assoient par groupe de huit autour de plateaux en fer. Cuisine purement gujerati. Poulet en sauce. Riz au lait. Nous prenons place auprès des fidèles. On nous observe avec une pointe de méfiance. « Ce dîner prépare l’anniversaire de notre pape**, confie Ali. Il vit en Inde. La semaine prochaine, il aura quatre-vingt dix-neuf ans. » Au fil du dîner, l’atmosphère se réchauffe. Les langues se délient. Aziz, le père d’Ali, nous expose en détail les subtilités qui existent au sein de la communauté indienne de Mahajanga : « Le terme Karana, déformation de qur’ân (Livre saint de l’Islam), désigne cinq grands groupes. Il y a d’abord les shiites, majoritaires à Madagascar : les Khodja, les Agakhaniens et nous, les Bohra. On trouve ensuite un groupe de sunnites, qui acceptent parfois les musulmans comoriens et malgaches dans leurs mosquées. Il y a enfin une communauté hindoue, qu’on appelle les Banians. » S’ils sont tous originaires du Gujarat, les Karana attachent une importance primordiale à ces spécificités. A Mahajanga, chaque communauté possède sa propre mosquée, son propre temple. Il ne viendrait jamais à l’idée d’un Bohra d’aller prier aux côtés des Agakhaniens ou des sunnites. Encore moins aux côtés des Banians.

    « Nous sommes loin de notre pays d’origine, regrette Aziz. C’est pour ça qu’on essaie de protéger nos traditions. Nous n’avons plus vraiment de patrie. Quand on revient au Gujarat, les gens nous considèrent comme des étrangers. On s’est créé ici  notre propre dialecte : un mélange de gujerati, de malgache et de français. En Inde, ils trouvent cette façon de parler ridicule. » Bohra, Khodja, Banians… : dans l’océan Indien, les Karana forment autant d’îlots culturels dérivant à la recherche d’un port d’attache***. La plupart d’entre eux sont viscéralement attachés à la l’île rouge. Un exemple parmi tant d’autres : Loumia Hiridjee, fondatrice de la marque Princesse Tam Tam, ne manquait pas une occasion de rappeler qu’elle venait de Madagascar.

    Le lendemain, à un jet de pierre de la corniche, nous faisons connaissance avec Abdoul Kadodia, Karana sunnite de nationalité française, qui vient conduire ses enfants à la madrasa. Il travaille pour une grande scierie de Mahajanga. « Je vous montre l’entreprise ? », propose-t-il en nous invitant à monter dans son 4x4. Nous gagnons la périphérie de la ville. Près d’un vaste entrepôt, une dizaine d’employés malgaches déchargent des billes de bois. « Les Karana ne partagent pas leur lieux de cultes entre eux, dit Abdoul. Mais dans le monde des affaires, ces différences religieuses ne jouent pas. Je suis sunnite : mon patron, qui dirige sa société depuis Tana, est Khodja. » Aujourd’hui, l’entreprise d’Abdoul tourne au ralenti. « Depuis un an, les troubles politiques nous frappent de plein fouet. D’autant qu’ils sont venus s’ajouter à la crise mondiale. L’année dernière, j’avais cent trente employés. Aujourd’hui, ils ne sont plus que vingt. » Cinq rickshaws [triporteurs de confection indienne] flambants neufs sont alignés dans un coin de l’entrepôt. « Mon patron les garde pour un ami à lui, un Khodja qui a quitté Mahajanga après avoir reçu des menaces de mort. Moi aussi, je ne me sens pas en sécurité, mais j’ai décidé de rester. J’ai toujours été très respectueux avec les Malgaches. C’est peut-être pour ça qu’on me laisse tranquille. »       

    Comment Abdoul Kadodia envisage l’avenir de sa famille ? « Pour être honnête, je préfère que mes enfants se marient au sein de la communauté Karana sunnite, admet-il. Comme ça, ils pratiqueront leur religion plus facilement. Si leur cœur leur dicte un autre choix, je l’accepterais, mais ils se mettront sans doute le reste de la communauté à dos. » Abdoul nous reconduit en ville : ses enfants vont bientôt sortir de la madrasa. Il propose de nous déposer chez l’un de ses amis, un épicier Banian du quartier de Mahabibo. « Il ne travaille pas aujourd’hui. C’est un jour saint pour les hindous. Je vais vous conduire chez lui. »

    Jivanram, cinquante sept ans, nous réserve un accueil princier : sièges profonds, Coca Cola frais, gâteaux indiens. « Je ne peux pas manger avec vous, s’excuse-t-il. C’est le carême de Shiva. » Sa femme porte le sari et parle un malgache approximatif. « Elle est née au Gujarat, précise Jivanram. Je l’ai rencontrée là-bas. Un mariage arrangé par nos familles. Mes trois filles ont suivi mon exemple : elles se sont mariées avec des hindous gujerati. » Dans une pièce de l’appartement, il a installé un lieu de culte domestique. C’est ici que la famille de Jivanram s’acquitte de la puja (prière quotidienne). Des images représentant les grandes divinités hindoues sont disposées sur les étagères. Jivanram désigne un poster aux couleurs acidulées. La célèbre trinité : Brama, Vishnu, Shiva. « C’est mon beau-frère qui m’a envoyé ce poster du Gujarat. A Madagascar, personne ne l’a ! »

    En sortant de chez Jivanram, nous achetons des cigarettes à un vendeur de rue malgache. Il a installé son stand sur la corniche, à l’ombre des minarets comoriens et Karana. On l’interroge sur la communauté indienne de Mahajanga. « Il faut pas que les Karana s’étonnent qu’on pille leurs magasins. Ils traitent les Malgaches comme des chiens. On est du caca mou pour eux… Entrez dans une de leur boutique, vous verrez bien. Le gros Karana est assis derrière son comptoir. Demandez un tube de dentifrice : si le produit n’est pas à portée de main, il siffle son employé malgache. Ils profitent de notre misère pour jouer les patrons. » Une jeune femme s’arrête devant le stand pour acheter une carte de  crédit téléphonique. Pascaline, vingt deux ans, est étudiante en gestion : « C’est vrai, les Karana restent entre eux. Surtout les Bohra. Mais il y a des exceptions. Je suis bien placée pour en parler : mon père est indien (Khodja), ma mère malgache. Des deux bords, ce métissage est assez mal vu. Mais je me sens plutôt malgache. Je ne me vante pas de mon côté Karana, sinon on se moque de moi. »      

    Un peu plus loin, les familles mahajangaises entament leur promenade quotidienne sur la corniche. Des Malgaches, des Comoriens, des Karana, des Africains. A première vue, ils semblent vivre en bonne intelligence. « Mahajanga, ville cosmopolite », proclame-t-on volontiers. Un slogan qui ne trompe pas ceux qui se souviennent des émeutes raciales de 1977. Les Malgaches de Mahajanga massacrèrent un millier de Comoriens. Seize mille autres furent évacués. « Les Karana sont à l’abri de ce genre de drames, assure Hassan, venu flâné avec ses enfants sur la corniche. Je vous l’ai dit déjà dit, ma boutique a été entièrement pillée, mais il n’y a eu aucune violence physique. » La communauté Karana peut-elle compter sur la Haute autorité de la transition (HAT) pour enrayer ces pillages ? « Les politiques ne nous aident pas. Que ce soit Rakoto ou Rabe****, ça ne change rien pour nous. Dans l’ensemble, les Karana sont neutres politiquement. Ce sont les affaires qui priment. On s’arrange avec les régimes qui passent. »

    Un pragmatisme souvent raillé à Madagascar. « Ils flattent le maître du jour, accuse Pascaline, pourtant métisse Karana. Au xviiie siècle, ils se sont conciliés les bonnes grâces des Sakalava [peuple de l’ouest malgache] ; plus tard, ils ont fait pareil avec les Merina [ethnie des Hautes Terres qui a unifié le pays au xixe siècle], puis avec les colons français, et enfin avec les régimes au pouvoir depuis l’Indépendance… » Hassan lui coupe la parole, tout sourire : « Vous pouvez pensez ce que vous voulez, mais on n’a pas toujours été bichonnés par les politiques. Pourquoi ils ne font rien quand on pille nos magasins ? L’opération “HAT contre OPK”, c’est pas pour demain… » 

    * Un euro vaut 2 850 ariary.

    ** Les Bohra utilisent un vocabulaire emprunté au monde chrétien pour parler de leur organisation socio-religieuse.

    *** Karana et Banians : les communautés commerçantes d’origine indienne à Madagascar, S. Blanchy, L’Harmattan.

    **** L’équivalent en malgache de Pierre ou Paul.

    http://madagascar.blog.lemonde.fr/

     

     

     

     


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  • Message du Consul pour vendredi 18 et samedi 19 septembre :

     

    - Se déplacer avec précaution dans le centre-ville entre 11h00 et 16h30

     

    - Etre prudent au moment de la dislocation des manifestations (Magro vers 16h00)

     Commentaires : = pour Tananarive = Centre-ville : Vendredi après-midi, un rassemblement serait prévu à Magro.

     Samedi, des manifestations pourraient éventuellement être organisées dans le centre-ville.

    = pour la Province =- les risques de manifestation sont nettement moindres, mais il faut rester vigilant.

     

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    Pour information, message diffusé jeudi 17 septembre

     

    Collège français Jules Verne

    BP 141, 110 Antsirabe, MADAGASCAR

    Tél :  00 261 20 44 485 05

    Fax :  00 261 20 44 495 05

    Mèl : college.jva@moov.mg

    Sitehttp://www.collegejulesverne.mg

     

    Madame, Monsieur,

    L'arrivée de l'épidémie de grippe A de type H1N1 est confirmée sur la capitale.
    Un premier cas avéré
    a été détecté dans un établissement de notre réseau à Tananarive.
    Sans dramatiser la situation je vous demande de faire scrupuleusement appliquer à votre entourage " les gestes barrières": lavage de mains, essuie mains unique, mouchoirs jetables, éviter les gestes de sociabilité habituels : accolades et poignées de main, aux premiers symptômes grippaux protégez les autres en portant un masque chirurgical ou à défaut un foulard sur la bouche et le nez afin de ne pas contaminer votre entourage.D'autre part je vous demande impérativement d'éviter d'envoyer au collège les enfants malades, en cas de symptôme grippal : fièvre, courbatures, mal de gorge, nausée,... vous devez conserver votre enfant avec vous et le présenter sans délai à un médecin.

    Bien cordialement.

    Le Principal Jean-Michel CAYROL

     

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    Editorial n°95

     

     

    Gabon : Bongo-fils après Bongo-père, la Françafrique se porte bien.

     

     A l’issue de la présidentielle du 30 août 2009, Ali Bongo, élu avec 41% des suffrages, a succédé à son père. Son élection, très contestée, a provoqué des violences et la plupart des observateurs africains y voient une nouvelle victoire de l’influence française.

     

    La disparition du doyen d’âge des chefs d’Etats africains, Omar Bongo, en juin 2009, après presque 42 ans de règne, a focalisé l’attention sur ce pays grand comme la moitié de la France avec 1,5 millions d’habitants, mais riche de pétrole avec Total, d’uranium et de  manganèse, matières stratégiques essentielles.

    Outre Ali Bongo, une vingtaine d’autres candidats étaient en lice dont des personnalités comme Paul Mba Abessole, ancien opposant rallié au régime, Pierre Mamboundou, opposant « officiel sortant », André Mba Obame, ministre depuis des décennies, l’ex-Premier Ministre, Casimir Oyé Mba…

    Ali Bongo a gagné la présidentielle avec 41,73% des voix, devant André Mba Obame (25,88%) et Pierre Mamboundou (25,22%). Ali Bongo joue au rassembleur et invoque le respect du droit. L’opposition, c'est-à-dire les perdants, rejette ces résultats qu’elle estime tronqués et durcit le ton. La violence des émeutes qui ont éclaté à Port-Gentil, capitale économique et fief de l’opposant Pierre Mamboundou,  témoigne du fait que beaucoup de Gabonais se sentent lésés. Ils ont sans doute quelques motifs de douter de la sincérité du scrutin. Il semble qu’il y ait eu  plus d’électeurs inscrits que d’habitants. Le PDG ( voir flash-info 2) a fait le reste.

     

      Rien d’étonnant à ce que Paris cherche à limiter les dégâts. Il ne peut se risquer à perdre le Gabon, ce pion important de son échiquier sur le continent africain. De tout temps, la France a pesé de tout son poids dans la gestion du pouvoir à Libreville. L’avènement de Nicolas Sarkozy n’a rien changé. « La rupture » a très vite été mise aux oubliettes et Jean-Marie Bockel en a fait les frais, limogé du poste de Secrétaire d’Etat à la coopération à la demande d’Omar Bongo et de Paul Mbiya (Président du Cameroun depuis plus de deux décennies), entre autres. Nicolas Sarkozy a très vite « félicité » Ali Bongo pour sa victoire, signifiant ainsi que la séquence était close pour Paris.

     

    Flash-infos 1 : La Françafrique est un concept qui mêle intérêts économiques et politiques français et intérêts personnels et claniques des dirigeants africains en exercice. La France « favorise » ainsi le maintien au pouvoir des dirigeants en place en échange de l’assurance de l’attribution des marchés et de l’exploitation des ressources naturelles des pays, ainsi que d’un soutien politique au niveau dans les instances internationales pour conserver une diplomatie influente. C’est une forme de sécurisation pour l’approvisionnement énergétique et en matière première pour notre pays. Tout changement apportant des risques, les choix idéologiques et démocratiques des populations africaines sont régulièrement sacrifiés au nom des intérêts supérieurs français. La gauche au pouvoir s’est, sur ce point, peu différenciée de la droite. Ainsi fonctionnent le Gabon des Bongo, le Congo de Sassou Nguesso, le Cameroun de Paul Mbiya, Le Congo de Joseph Kabila, le Tchad d’Idriss Deby,  le Burkina de Campaoré, le Togo des Yadema… Seul Laurent Bagbo, en Côte d’Ivoire, semble s’être « libéré » de ce carcan, sans toutefois prétendre à l’exemplarité dans sa gestion du pouvoir.

     

    Flash-infos 2 : Après la mort du président ivoirien Félix Houpoüet-Boigny qui a régné sur la Côte d’Ivoire de 1960 à 1993, Omar Bongo a longtemps symbolisé la Françafrique. Son régime repose sur l’utilisation prévaricatrice de la rente pétrolière et des matières premières. Distribuant les « valises de billets » en fonction de ses intérêts pour s’assurer de la stabilité de son régime, il a toujours « maîtrisé » ainsi sa majorité regroupée dans l’ancien parti unique, le PDG (Parti Démocratique Gabonais), mais aussi son opposition largement manipulée pour donner l’illusion d’un régime pluraliste. Longtemps, les opposants se sont gorgés de la misère de leur peuple en soupant ainsi avec le régime Bongo. Sentant leur heure venue, ils se positionnent aujourd’hui en force du changement. Mais prendre ces éléments pour une alternative crédible serait hasardeux.  La coalition ratée de André Mba Obame, Eyeghe Ndong, Zacharie Myboto et autres Casimir Oye Mba, tous habitués aux prébendes et délices de la République gabonaise, ne peut faire illusion.

     

    Flash-infos 3 : La province de l’Ogouée-Maritime a pour capitale Port-Gentil. C’est le centre administratif de la production pétrolière du Gabon, et le siège de Total-Gabon. Le Gabon est le quatrième producteur de brut d’Afrique subsaharienne. Une école primaire française et un collège-Lycée sont installés, ainsi qu’un Consulat. Bien que drainant la majeure partie de la richesse du pays, la ville est en mauvais état, peu entretenue ; Port-gentil, située sur une presqu’île à plusieurs centaines de Km de Libreville, n’est accessible que par avion ou bateau.

     

    Flash-infos 4 : Fiche technique Gabon

    Superficie : 267 670 Km2 (environ la moitié de la France)  Population : 1,4 millions d’habitants          

    Langue : le Français a été choisi comme langue officielle car plus de 40 langues sont pratiquées par les nombreuses ethnies sans que l’une d’entre-elles soit réellement dominante.

    Principales ressources : pétrole, mines et exploitation du bois.

    PIB par habitant (2008) : 14 743 dollars (France 34262)     IDH : 107ème sur 177.

     

    L’auteur de cet édito a vécu au Gabon de septembre 1997 à juin 2003. Source documentaire : dossier paru dans le numéro de « Courrier international », n°984, pages 30 et 31.

     

    Jean-Daniel Chaoui, Conseiller élu représentant les Français de l’Océan Indien à l’AFE.

    Tananarive-Madagascar, le 17/09/09.

     

     

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    Quelques éléments de connaissance sur la culture « karana ». 3ème partie

     

     

    8. Rituels et cycle de vie

    Dans tous les groupes sociaux mais plus encore dans ceux dont la religion fait partie des normes d’intégration, des rituels mettant en relief certains évènements de la vie de l’individu sont célébrés

    par la famille et l’entourage.

     

    Rituels de naissance et de petite enfance ; mariage, mort et funérailles ; protection contre les dangers et la mort.

     

    Shiites : La circoncision, la première coupe de cheveux, le choix du nom et le sacrifice de la chèvre sont liés de près.

    La circoncision (katna) est pratiquée une quinzaine de jours après la naissance ou dans la petite enfance. Le molla choisit le jour (généralement un vendredi ou jour de fête anniversaire d’un imam) et l’heure souvent très matinale. L’officiant peut être un spécialiste du rituel venu des Indes ou un médecin de ville. La famille et particulièrement la mère de l’enfant, doit réciter le Coran pendant l’opération. Ensuite une réception est donnée au cours de laquelle on sacrifie un cabri ou un mouton dont les morceaux ne devront pas être mangés par le père ni par la mère mais distribués aux parents et amis : c’est l’aquiqa.

    Les premiers cheveux sont dits haram (interdits) et l’on doit raser entièrement le crâne du bébé. Lorsque l’enfant est rasé, on lui met de la poudre de safran mouillée d’eau sur la tête, ce qui est censé lui tenir chaud. Chez les Bohra, cette coupe de cheveux nommée aqiqa doit se faire précisément au 7ème.

    Mariage Khodja ithna asheri :

    1. Demande qui s’annonce par téléphone ou message des parents du garçon demandant aux parents de la fille de les recevoir

    2.Au bout de 8 jours, on se retrouve pour la réponse : si c’est non, un simple thé est servi par hospitalité ; si c’est oui, on sert le traditionnel lait aux amandes et des gâteaux. 2 ou 3 jours après le « oui », la mère et les soeurs du garçon apportent des cadeaux à la jeune fille : un sari et un jupon, du parfum, une bague, des produits de beauté. A leur tour, les parentes de la  jeune fille apportent des cadeaux à la mère du jeune homme : chemise, parfum, gâteaux. Puis la belle-mère invite la jeune fille avec des amis pour lui faire passer le pas de la porte où elle sera traditionnellement destinée à vivre.

    3. Le sagay (fiançailles) a lieu une semaine avant le mariage : les futurs époux échangent des bagues (diamant pour la fille, chevalière pour le garçon).

    4. Le mariage. La veille, la jeune fille se fait décorer les mains et les pieds au henné. Les préparatifs se déroulent chacun chez soi. Le jeune homme est habillé d’un shervani, manteau court boutonné, à col officier, de couleur blanche. Il porte autour du cou le collier de mariage à 7 tours en or (satser) qui se transmet dans la famille. La jeune fille est vêtue d’un sari de soie, souvent brodé à la main de petites perles. Elle porte un bijou nommé taj, goutte en or pendue sur le front par une chaînette.

    5. L’entrée dans la maison de la belle-mère. La mariée doit poser le pied droit sur le seul. La mère du mari accueille les mariés (rituel du bonbon déposé dans leur bouche, du verre d’eau et des pétales puis prend leurs têtes des deux mains et les rapproche. La soeur du marié les attache ensemble avec un lien en tissue. Elle demande à son frère un cadeau comme condition de leur libération.

    Mariage Borha :

    L’esprit du mariage est semblable au mariage Khodja ithna asheri :

    1.Première réception dans la famille de la jeune fille : sa mère se livre à un rituels sur son futur gendre qui consiste à lui prendre les temps dans ses mains ; si l’on sent un craquement, c’est de bon augure.

    2. Le madjilis pendjatan, « réunion de prière des Cinq est suivi par les hommes et femmes chacun dans leur salle de la mosquée. On sert du lait aux amandes et des bonbons.

    3. Le mendhi terou : c’est l’application du henné pour la mariée et pour les deux mères au cours d’une soirée où les femmes des deux familles s’amusent et dansent. La parenté du garçon vient présenter des cadeaux.

    4. le mourat est une réception de femmes offerte par la famille du garçon dans le hall de la mosquée, au cours de laquelle on expose bijoux et vêtements reçus par la jeune fille.

    5. le djoumate (vendredi) est organisé par la famille de la jeune fille pour la communauté entière dans le hall de la mosquée le vendredi à midi.

    6. Le madjilis du niqqah (rituel religieux islamique du mariage) : la mère de la jeune fille accueille son futur gendre sur le seuil de la mosquée par des rituels : karasyo (elle fait tourner un verre d’eau trois ou sept fois autour de la tête pour enlever les mauvais esprits. Puis elle casse une noix de coco et la fait tomber à ses pieds. Le père de la mariée à son tour fait tourner une noix de coco puis la casse à ses pieds. La mariée et son beau-père s’asseoient face à face devant le moulla, se tenant par leurs deux mains droites recouvertes d’un tissu rouge. Le jeune homme porte au bras une sorte de manipule. Le moulla lit au marié le texte du niqqah en arabe puis il applique sur le front du marié un tissu. Ils signent l’acte de mariage dans le registre de la mosquée.

    7. La fille fait ses adieux à sa famille. La mère du mari attache les mariés ensemble avec une écharpe. on part en voyage…). L’argent est mis de côté et donné aux pauvres.

     

    Sunnites : 14ème et 21ème jour de la vie de l’enfant (symbolisme du chiffre 7).

    Le 6ème jour après la naissance, un important rituel nommé tsathi ou tchati a lieu chez les Bohra, au cours duquel l’enfant reçoit son nom. La soeur du père souffle aux oreilles du nouveau-né le nom qu’il portera après avoir lu une sourate du Coran. Chez les Sunnites, on se réjouit de la naissance d’un fils. On ne fait rien pour les filles car elle coûte cher à marier (il faudra lui donner des bijoux) et partira avec la famille de l’homme.

    Hindous : Il existe des rituels protecteurs destinés à enlever ou éviter le malheur. Le premier s’applique au premier enfant du fils de la famille avant même sa naissance : quand la belle-fille est au 7ème mois de grossesse, les femmes se réunissent pour un rituel de prières et de chants. Une mère dont tous les enfants sont vivants donne à la future mère une noix de coco, du safran et une sorte de lentilles. Au 6ème jour après la naissance, on couche l’enfant devant l’autel domestique et les femmes prient. Au 12ème jour, on place le bébé couché sur la balancelle, on chante et on casse quatre noix de coco dont la pulpe est offerte à manger aux enfants de la famille. La coupe de cheveux a lieu au 15ème mois et ne s’applique qu’aux garçons. La grand-mère met sur la tête de l’enfant quelques gouttes d’eau.

              

    Mort et funérailles 

    Chez les Khodja ithna ashery, la toilette funéraire se fait à la mosquée par les personnes du même sexe, dans une salle réservée à cet usage. Le corps est lavé à l’eau camphrée, puis à l’eau où trempe une feuille de jujubier, enfin à l’eau pure. Il est enveloppé dans un linceul puis placé dans

    un cercueil en fer et déposé dans la salle de prière des hommes, quel que soit le sexe du mort. Il est ensuite emmené au cimetière par les hommes et inhumé à même la terre, tête à l’est, visage tourné vers La mecque. Les parents vont prier sur la tombe de leurs proches les jeudis soirs et vendredis. Les Bohra ne respectent pas la période de viduité (‘iddat) de la veuve.

    Les deux principaux rituels sont, dans toutes les cultures islamiques :

    - le sadka : aumône aux pauvres faites dans un but propitiatoire. En échange de cette charité, on

    attend d’Allah une protection qui dans ce raisonnement magicoreligieux, est presque mécaniquement liée au don. Ainsi quand quelqu’un est malade à la maison, on applique sur le front une pièce de monnaie que l’on donne ensuite aux pauvres. Mais le plus souvent, on remplit une tirelire à chaque fois que l’on demande la protection de Dieu (ex. quand on a des soucis).

     

    Les Hindous organisent la crémation de leurs morts et dans chaque communauté un lieu a été choisi et réservé, au bord de la mer ou de la rivière. Le corps est transporté en cercueil. Le feu, allumé par le plus jeune membre de la famille, brûlera pendant deux à quatre heures. Les cendres sont recueillies et jetées à l’eau. Après la mort, des prières sont récitées pendant trois jours dans la

    maison du défunt.

     

    9. La langue

    Les Karana de Madagascar utilisent couramment trois langues dans leur vie quotidienne :

    - le gujerati (ou kutchi ou sindhi) ;

    - le malgache ;

    - le français.

    Le gujerati est la langue maternelle que les enfants parlent en premier. Elle est utilisée à la maison, avec les amis, dans la société karana, en particulier à la mosquée, qui et un lieu identificatoire de la

    communauté. Très vite, presque en même temps, ils apprennent le malgache, avec leur nénène. Le malgache est la langue du commerce, des clients et des employés, du quartier et depuis quelques années, de l’école publique malgache. Au moment même où ils commencent à parler français à l’école, les enfants entrent à l’école coranique où ils apprennent à lire et écrire le gujerati et où ils reçoivent des rudiments des langues urdu et arabe. Cet apprentissage tardif rend les études en langue française difficiles pour les enfants karana qui ne parlent pas français en famille.

     

    10. Modes de vie

     

    Habillement, nourriture, loisirs.

     

    Shiites

    Les Khodja : les femmes portent un sari pour les cérémonies traditionnelles et se recouvrent d’un tchador pour se rendre à la mosquée. Chez elles, elles sont habillées à l’européenne : elles

    peuvent porter des pantalons, jupes courtes, il leur suffit d’enfiler un long tchador de style iranien, noir pour pouvoir sortir.

    Les Bohra : Hommes et femmes doivent suivre les consignes données par le mollana sous peine d’exclusion sociale et religieuse. Les hommes doivent porter la barbe. Pour la prière ils

    doivent porter le bonnet (topi) et le manteau court (perhum). Le capuchon des femmes s’appelle ridha ou bouka (c’est le tchador haute couture parce qu’il est en tissu imprimé et coloré). C’est un vêtement de coupe imposée, fait d’une robe longue et d’un curieux capuchon noué sous le menton, se terminant en cape arrondie sur les épaules et cachant le buste.

    Sunnites : Les Karana musulmanes sunnites portent le pendjabi ou bien s’habillent à l’européenne comme les Isma’ili.

    Hindous :  Les femmes hindoues portent le sari, vêtement drapé traditionnel. Elles so


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  • Voici une présentation du livre écrit récemment par la Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam et présentant l’AFE, l’Assemblée des Français de l’Etranger : son histoire, son rôle, son fonctionnement, sa composition… Ce livre est consultable et empruntable au local de l’association, 6 rue Pierre Rapiera, Ambohijatovo Nord, ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 11h30.

     

     

    QU’EST-CE QUE l’ASSEMBLEE DES FRANÇAIS DE l’ETRANGER

     

     

    PREFACE

    Par Bernard KOUCHNER,

    Ministre des Affaires Etrangères,

    Président de l’Assemblée des Français de l’Etranger

     

    Le monde peut apparaître instable, voire menaçant. Les récentes crises nous l’ont rappelé de manière parfois tragique. Et pourtant, jamais les Français n’ont été aussi nombreux à aller à sa découverte, à se lancer dans l’aventure de l’expatriation. Les premiers acteurs de la diplomatie française, ce sont ces femmes et ces hommes qui prennent le risque de l’ouverture au monde et de la rencontre avec l’autre. Chacun d’eux contribue jour après jour au rayonnement de la France, à la diffusion de sa culture et de son savoir faire, à la construction de son image dans le monde.

     

    Mais le goût d’autrui n’empêche pas ces Français de cultiver des liens forts avec la France : c’est même souvent quand ils sont installés à l’étranger que leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale se fait le plus fort, le plus nécessaire. Pour relever les formidables défis de la mondialisation, la France a besoin de leur ouverture et de leur talent, de leur connaissance des cultures, des sociétés étrangères et des marchés extérieurs. Elle a donc aussi besoin de leur voix.

     

    Cette voix a son forum : l’Assemblée des Français de l’Etranger.

     

    Ministre des Affaires Etrangères et européennes, j’ai l’honneur de présider cette assemblée et j »’ai le plaisir de constater quotidiennement le dynamisme de ses membres, qui portent la voix des Français de l’étranger, ceux qui réussissent comme ceux qui font face à des difficultés. Forts de leur connaissance des réalités du terrain, ils  interpellent utilement le ministère sur des sujets qui rejoignent  nos priorités : la sécurité, la scolarité, l’action sociale et la modernisation de l’administration. D’où ils sont, ils contribuent à faire du Quai d’Orsay le « ministère de la mondialisation » qu’il a aujourd’hui vocation à être.

     

    C’est pourquoi l’ouvrage de madame la Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam est particulièrement bienvenu. En cette année du soixantième anniversaire de la création du Conseil supérieur des Français de l’étranger en 2004-, il contribuera, j’en suis convaincu, à faire connaître au plus grand nombre le rôle de cette institution unique dans notre système  démocratique. Fruit d’un travail considérable, il est à l’image de l’action de son auteur, efficace et déterminée au service des Français de l’étranger.

     

    Je souhaite également qu’il soit un encouragement pour nos concitoyens de l’étranger à participer plus activement à l’élection de leurs représentants et, par-là même, aux choix démocratiques qui les concernent tous.

     

    Couverture du livre.

     

    Institution  originale et modèle pour de nombreux pays, l’assemblée des Français de l’étranger, présidée par le ministre des Affaires étrangères et fore de 180 membres –dont 155 élus au suffrage universel  direct et 12 sénateurs -, est la voix, l’expression politique et le défenseur de près de deux millions et demi de Français éparpillés aux quatre coins du globe.

     

    Mais qui connaît vraiment cette assemblée ? Pourquoi fait-elle si peu parler d’elle en France ? Au lendemain de la décision d’instituer des députés des français de l’étranger, et à l’occasion du 60è anniversaire de l’AFE, la sénatrice Joëlle Garriaud Maylam nous propose d’en découvrir l’organisation, le fonctionnement et les enjeux.

     

    Joëlle Garriaud-Maylam, sénateur des Français établis hors de France depuis 2004, est juriste international de formation. Elue en 1988 à l’Assemblée des français de l’étranger pour y représenter les Français du Royaume Uni et d’Irlande, elle y sera réélue sans discontinuer et sera sa première vice-présidente de 200 à 2003. Au Sénat, elle appartient notamment à la commission des Affaires étrangères et de la Défense. Elle est membre du bureau politique et de la commission exécutive de l’UMP.

     

    Collection « L’information citoyenne »

    dirigée par Claude Perrotin

    Cette collection met à la portée des tous des textes qui engagent leurs auteurs. Elle permet ainsi aux citoyens de s’informer directement et de se forger une opinion.

     

     

     

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    Quelques éléments de connaissance sur la culture « karana ». 2ème partie

     

     

    5.1. Les Sunni sindhi ou kutchi

    Origine : Ils sont issus d’anciennes familles hindouistes appartenant à la caste des Khumbar, potiers ou des Dobi, blanchisseurs. Aussi entend t-on souvent l’expression Sunni khumbar pour désigner les potiers musulmans, d’autant plus qu’ils ont conservé jusqu’aux années 60 leurs activités artisanales, puis les poteries se sont vues peu à peu supplantées sur le marché par les récipients en fer-blanc et en plastique. Les Sunni Khumbar sont issus d’une vaste classe de travailleurs manuels . A Majunga, les Suuni Surti, commerçants urbains s’en sont séparés.

    Les Sunni Khumbar restent un groupe très endogame. Ils constituent un communauté modeste et l’on trouve dans leurs familles un grand nombre d’apatrides.

    Religion : Chaque groupe a sa propre mosquée. Ils pratiquent surtout la prière le vendredi, moment de rassemblement important.

     

    5.2. Les Sunni surti

    Origine : Venus généralement de la Réunion et de l’île Maurice, ils ont gagné la côte est de Madagascar à partir de la première guerre franco-malgache de 1883-1885 puis sont montés à Tananarive au début du XXème siècle. Une très forte mortalité liée au climat insalubre de la côte humide a affaibli numériquement ce groupe à Madagascar. De plus, un grand nombre d’entre eux sont partis vers la Réunion ou la France métropolitaine à l’occasion des évènements de 1972 et de 1987.

    Religion : Les stratégies matrimoniales des Sunni surti se caractérisent par une grande ouverture sur les groupes sociaux non musulmans, mais en même temps par une attitude d’évitement envers le groupe des Sunni Khumbar isssus d’une caste inférieure. Ils sont en totale dilution dans la société malgache ou la société créole. Ils ont leur propre mosquée.

     

    5.3. Les Indo-Yéménites

    Origine : A Diego Suarez ou à Majunga, certaines familles sunni surti ont donné leurs filles en mariage aux Yéménites sunnites qui venaient travailler comme dockers dans les ports en plein développement au début de la colonisation. Ils sont par la suite partis s’installer dans les brousses des environs jusqu’à Ambilobe et Ambanja, s’installant comme vendeurs de tissus et d’objets divers.

    Religion : Ils ont leur propre mosquée. Ils suivent, pour leurs fêtes religieuses, le calendrier shiite dit Misri (d’Egypte). Les enfants de ces familles indo-yéménites vont peu à l’école coranique et reçoivent une éducation religieuse en famille, à la maison. Ils ne fréquentent pas les madrasa des Comoriens ou des Bohra.

     

    6. Les Hindouistes

    Origine : Ils sont originaires de la presqu’île du Kathiawar au Gujetat, du Kutch au nord ou de l’île de Diu au sud. Ils sont issus d’une société organisée en système de castes, système qui n’a pu se recréer comme une structure totale mais dont certains éléments ont été conservés. La communauté hindoue de Madagascar est la plus réduite en nombre. Elle est estimée à 10 % de l’effectif total des habitants d’origine indienne. Elle se répartit entre Majunga, Tananarive, Diego

    Suarez, Tulear, Morondava, Tamatave Marovoay, Antsirabe et Fianarantsoa.

    Organisation socio-religieuse : Le système de castes est au centre de l’organisation socio-religieuse indoue.

    Il existe en effet différents types de castes en Inde :

    - castes fonctionnelles : caste des prêtres Brahmanes, caste de marchands connus collectivement sous le nom de Banians ;

    - castes de races, formées dans des tribus animistes à l’origine et qui ont ensuite imité l’organisation sociale hindoue ;

    - castes de sectes, comme les Lingayât, formées par croisements ;

    - castes formées par migration ou par changement d’occupation…

    Outre les castes (jati), groupes sociaux héréditaires et endogames, les hindous se réfèrent aux « états » (varna). Le système des jati et la théorie des varna ont une base religieuse : ils instituent tous deux une hiérarchie fondée sur le principe d’opposition entre le pur et l’impur. La théorie du varna établit quatre états hiérarchisés selon le principe de l’opposition du pur et de l’impur et situés relativement par une série de dichotomies ou d’emboîtement successifs : les Brahman, prêtres, les Kshattria, guerriers, les Vaishya et les Soudra. Aux deux-fois-nés, les trois premiers varna, catégories qui subissent une initiation donc une seconde naissance, s’opposent les Soudra qui les servent.

    A Madagascar, on trouve des représentants de diverses castes de la société d’origine :

    - des Brahmines ou Brahmanes, nom d’un varna, caste des prêtres et des détenteurs du savoir religieux, qui seuls peuvent l’enseigner et le transmettre entre eux ; la plupart des Brahmanes venus à Madagascar travaillaient dans la culture maraichère et certaines familles sont ensuite montées s’installer à Tananarive pour y faire du commerce ;

    - des Darbar, d’une ancienne caste de guerriers attachés aux palais royaux des Indes ;

    - des Wania, qui sont assez nombreux à Madagascar. Il s’agit d’une caste de commerçants dont le nom (sous la forme « Banians ») est employé depuis longtemps pour désigner indistinctement tous les hindous par opposition aux indiens musulmans karana ;

    - des Shash, commerçants ;

    - des Lohana, caste commerçante ;

    - des Soni, caste de bijoutiers orfèvres ;

    - des Darjee, caste de tailleurs ;

    - des Soutar, caste de charpentiers ou ébénistes ;

    - des Khumbar, caste de potiers ;

    - des Dobi, caste de blanchisseurs ;

    - des Nimvat, caste dont les membres en Inde vivent de mendicité ;

    - des Motchi, caste de cordonniers, la plus basse dans la hiérarchie car ils manipulent du cuir de bovin.

    Les trois caractères qui définissent les groupes d’un système de castes sont :

    - la séparation, en matière de mariage et de contact direct ou indirect (nourriture) ;

    - la division : division du travail, chacun de ces groupes ayant une profession traditionnelle ou théorique dont ses membres ne peuvent s’écarter que dans certaines limites ;

    - la hiérarchie, qui ordonne les groupes en tant que relativement supérieurs et inférieurs les uns aux autres.

    Les contacts entre castes sont limités par le principe du pur et de l’impur, au niveau des mariages, de la nourriture et de la boisson et même du simple toucher.

    Les castes se subdivisent en sous-castes, qu’il est difficile d’appréhender. Ainsi, chez les Wania de Madagascar, il est possible de distinguer les Dasha Shrimali, Visha Shrimali, Oswar Shirmali, Modh Wania, halari Visha, Wania Soni, Visha Oswar. Ces sous-castes peuvent manger ensemble mais il ne peut y avoir de mariage entre membres de sous-castes différentes.

    La notion de karma est très importante : c’est la somme des actes passés, qui, en bien comme en mal, gouverne l’existence et justifie la division sociale en castes.

    Les hindous de Madagascar ne sont pas très pratiquants, pas « fanatiques » selon leur propre terme. Ils pratiquent la religion dans le cadre domestique et familial. Ils ont un autel domestique à la maison ou dans leur magasin, meuble haut ou étagère où sont installées des représentations des dieux, des photos des parents décédés et des supports pour les bâtonnets d’encens. Ils ont peu de

    coordination interne. Ils sont organisés en congrégations. La congrégation de Tananarive porte le nom de Hindu Samaj (Association des Hindous). Il n’y a pas de prière obligatoire. La divinité peut prendre toute forme et toute image. Ses trois principales représentations ou avatars sont : Brahma, l’être infini, le créateur et l’aïeul de toutes créatures ; Vishnu qui a sauvé notre terre et enfin Shiva. Ils sont le même être : Dieu et Un. Les différentes castes offrent un culte particulier à l’un ou l’autre de ces avatars.

    Le végétarisme est une attitude religieuse directement liée à la pureté. Manger de la viande provoque chez un hindou végétarien un état d’impureté, de même que le fait de partager son repas avec quelqu’un d’une autre caste.

     

     

    7. Parentés et règles d’alliance

    Système familial - Parenté Règles d’alliance, place de la fille, place du garçon, séparation de couple

     

    Shiites : Choix du conjoint se limitant à la communauté à Madagascar, dans les autres pays de la diaspora ou en Inde. La fille qui interrompt ses études devient « bonne à marier ». Elle est placée sur le marché intérieur du mariage. Plus grande tolérance, variable selon les familles : peut sortir le soir, aller en boîte de nuit ou dans les soirées privées, « sortir » avec des jeunes filles françaises ou malgache, du moment qu’il n’a pas l’intention de l’épouser. Strictement endogames, les Indiens shiites découragent fortement la séparation sans l’interdire formellement. Il existe un comité qui gère les problèmes de conflits conjugaux. Le divorce reste un acte masculin : la femme sort marquée, flétrie ; elle rentre chez ses parents, le plus souvent avec ses enfants et ne se remarie pas.

     

    Sunnites : Groupe ouvert autorisant le mariage en dehors de la communauté.

     

    Hindous : Filiation patrilinéaire et résidence patrilocale :

    - autorité paternelle

    - hiérarchie des frères

    Contraintes de castes qui limitent le choix d’un conjoint (endogamie de caste) : il est interdit de se

    marier dans la famille et obligatoire de se marier dans la caste. Les Hindous étant peu nombreux à

    Madagascar, ils se tournent vers les autres communautés (Londres, Afrique de l’Est, Inde). Des annuaires régionaux ou mondiaux où sont concentrées des listes de noms, adresses et professions sont diffusés. Les premiers contacts ont lieu par photos puis le garçon fait sa première visite chez la fille.

     


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  • Communiqué Français du Monde-ADFE Madagascar

    La deuxième commission locale des bourses scolaires au titre de l’année 2009-2010 se tiendra :

    • A Tananarive, au Consulat général, le jeudi 8 octobre 2009.
    • A Antsiranana, au Consulat, le jeudi 1er octobre 2009.
    • A Majunga, au Consulat, le jeudi 1er Octobre 2009.

    Jean-Daniel Chaoui, Conseiller, et Pascal Farines, Vice-Président, pour Français du Monde-ADFE Madagascar, participeront à la Commission de Tananarive.

    Jean-Daniel Chaoui se rendra à Majunga pour participer à la commission locale du 1er octobre au côté des représentants FdM-ADFE Majunga, Emmanuelle Denève Présidente, et Paul Cousin, Trésorier

     

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    Nous vous proposons une série d’articles sur la culture de la communauté indo-pakistanaise implantée à Madagascar et dont une partie est de nationalité française.

     

    Quelques éléments de connaissance sur la culture « karana ». 1ère partie

     

    1. Définition

    « Karana » : « c’est un mot généralement péjoratif et parfois agressif à Madagascar, qui désigne un « Autre », différent et suspect et qui l’exclut. Il est grand temps de lui redonner un contenu plus riche : ceci se fera avec l’assentiment des principaux concernés, car le terme « karana » peut désigner, si on le veut bien, une réalité originale, celle d’un groupe social et culturel complexe, venant du nord ouest de l’Inde et résidant à Madagascar et – au sens strict, de religion musulmane mais le mot « Karana », employé de façon plus extensive, inclut aussi les Banians, indiens de religion hindouiste de la diaspora régionale ».

     

    Hypothèses étymologiques :

    - « le mot hindi Karânî ou Kirânî était communément employé au Bengale pour désigner les secrétaires écrivant en anglais et par extension était appliqué de manière générique aux Indiens de l’est ; il viendrait du sanskrit karan, agent » ; - « karana était aussi le nom d’une caste mixte chez les Hindous. Les secrétaires et comptables étaient effectivement recrutés dans ces deux groupes de population » ; - « certaines étymologies relevées dans l’océan indien font venir le mot Karana, autrefois écrit Karany (forme toujours employée dans l’ouest de Madagascar) du nom du « Coran » par le swehili Kurani ou directement de l’arabe qur’ân, le Livre, parce que cet objet avait été associé aux Karana musulmans et parce que la racine du mot renvoie à leur activité de secrétaires »

    - « au siècle dernier, l’usage gujerati désignait par le terme karianjee ou karany un des trois responsables des bateaux de commerce indiens : à côté du malam, capitaine, pilote, responsable de la navigation, et du tandel, chef de l’équipage et de l’intendance, officiant le karany, responsable de la cargaison et de ses registres d’entrée et de sortie »

    Conclusions : « Ces étymologies renvoient à deux aspects de l’identité des Karana : leur origine sociale incertaine dans la hiérarchie des castes de la civilisation hindouiste avant leur conversion à l’islam et leur appartenance à cette religion islamique dans laquelle on le sait, l’instruction coranique et l’éducation sont considérées comme essentielles ».

    Extraits de l’ouvrage « Karana et Banians : les communautés commerçantes d’origine indienne à Madagascar », S. Blanchy, éd. L’Harmattan, page 191 et suivantes

     

    2. Origine

    « Contrairement à ce qui est souvent écrit, les « Karana » ne viennent pas de Bombay mais en très grand majorité de la presqu’île de Kathjawar et plus largement du district du Gujerat, qui autrefois faisait partie du sultanat de Baroda mais était très proche de la « Présidence de Bombay », territoire de la Compagnie anglaise des Indes (…) Les Karana sont tous d’origine indienne du point de vue géographique, culturel, linguistique et même historique puisque la plupart d’entre eux sont venus bien avant l’indépendance de l’Inde et la partition du Pakistan. Néanmoins, ils sont souvent désignés par des noms de nationalité : Indiens et Pakistanais ou encore Indo-Pakistanais, terme flou ne représentant rien de réel ».

    Extraits de l’ouvrage « Karana et Banians : les communautés commerçantes d’origine indienne à Madagascar », S. Blanchy, éd. L’Harmattan, page 191 et suivantes

     

    3. Groupes sociaux

    Les Karana au sens large sont répartis en 5 groupes socio-religieux :

    - 3 groupes musulmans shiites : Bohra Dawudi, Khodja ithna ashery, Khodja isma’ili

    - 1 groupe musulman sunnite : Sunni surti ou Sunni sindhi ou kutchi (en référence à une origine géographique)

    - les Banians, de religion hindouiste.

     

    4. Les musulmans shiites

     

    4.1. Origine

    Les shiites (mot qui vient de shi’a, partition) se sont séparés des autres membres de la communauté musulmane dit sunnites à la mort du Prophète en 632, car ils estimaient que la succession légitime de ce dernier revenait à Ali, son gendre et cousin, et à ses descendants, plutôt qu’aux Compagnons du Prophète élu par la communauté des croyants. Ali devint finalement le quatrième calif des sunnites en 656 mais fut assassiné à Koufa en 661. Dès la mort d’Ali, deux branches de musulmans s’opposèrent quant au mode de transmission du califat. Pour les shiites, Ali succédait directement à Muhammad et devait être remplacé par ses deux fils, Hassan et Hussein. Mais Hussein fut tué au cours du massacre de Kerbala (Iraq) en 680, événement commémoré chaque année par les shiites du monde entier au cours du mois lunaire de Muharram. Hassan mourut empoisonné, son seul fils avait été tué à Kerbala : c’était aux descendants de Hussein de recevoir héréditairement la direction de la communauté, le califat. Outre cette notion de califat ou pouvoir temporel, apparut aux VIIIème-IXème siècles chez les shiites la nouvelle notion d’imamat, qui concernait le contenu de ce pouvoir, contenu plus spirituel que temporel, lié à son caractère héréditaire.

     

    4.2. Représentation

    Les shiites constituent actuellement un dixième des 900 millions de musulmans dans le monde : c’est donc une partie très minoritaire de la communauté islamique mondiale. Ils se sont répartis en plusieurs familles d’esprit.

     

    4.3. Différentes sectes (voir organigramme)

     

    4.3.1. Les Bohra

    Origine : Venus en majorité (98%) de Jamnagar (Kathiawar) et Kutch Mandui, très peu venant de Surat (2%), les premières mosquées furent celles de Nosy Be (1870), Majunga (1874) et Marovoay (1875).

    Organisation : Ils fonctionnement selon un principe hiérarchique : l’Amil Saheb nommé à Tananarive (souvent parent du Da’i lui-même) a autorité sur les valli moulla formés à Surat et en poste dans les communautés pour des périodes de deux ans. Deux comités s’occupent de la mosquée, des repas communautaires, des funérailles, de la medersa, des associations de jeunes qui aident à l’organisation de tous les rassemblements. Une caisse de prêt nommée Harze Hassanat, fonctionne pour venir en aide aux Bohra en difficultés financières. Les prêts sont accordés pour 2 ans sans intérêt.

    Religion : Ils utilisent pour parler de leur organisation socio-religieuse un vocabulaire emprunté au monde chrétien. La hiérarchie religieuse est centrée autour du Da’i-el-Mutlaq, que les Bohra comparent au Pape des catholiques. Strict respect de la sharia : ni tabac, ni alcool, ni jeu, pas d’emprunt avec intérêt ni d’endettement. Les hommes Borha doivent se faire connaître par le port de la barbe et du bonnet islamique, et les femmes par le port du voile islamique ou rida.

    Rôle socio-économique :

    Voici les recommandations faites par le Da’i à ses fidèles : créer un fond commun d’aide fonctionnant comme organisme de prêt pour les commerçants ; rester honnête et loyal pour être un citoyen digne de son pays de résidence ; faire des actes de charité envers les démunis

    Ex. participation des Bohra au développement de leur pays de résidence

     

    4.3.2. Les Khodja isma’ili

    Origine : Les différentes communautés ou jamat ne rassemblent guère plus de 1500 personnes. Les premiers points d’établissement étaient Marovoay et Majunga (où vivent toujours 400 Isma’ili). Tananarive est devenue un centre important (300 personnes) ; les autres jamat sont à Tuléar (où il existe un internant accueillant une quinzaine de lycéens originaires des villes de province), Antsirabe, Fianarantsoa, Ihosy, Mahbo près de Morondava. Il n’y a pas d’Isma’ili dans le Nord.

    Organisation : Karim Aga Khan, 49ème imam, est aujourd’hui chef de la communauté des Isma’ili nizari. Son rôle est à la fois religieux et socio-économique. En même temps et sur un autre plan, il est à la tête d’une organisation mondiale et à ce titre on peut le rencontrer simplement comme un chef hiérarchique pour des affaires sociales ou économiques internes à la communauté. La communauté isma’ili de Madagascar est moins structurée que celles d’Afrique de l’Est. Elle n’a pas confiance dans son avenir sur cette terre très exposée aux problèmes économiques et par conséquent, aux conflits sociaux. Hésitant à se projeter en avant, elle ne s’est jamais dotée, pour son propre fonctionnement, de structures et de moyens très complexes.

    Le jamat khana (maison de la communauté) concrétise l’existence de la communauté : dès qu’il y a deux ou trois familles dans un nouvel établissement, il y a un lieu de réunion et de prière (la jamat khana n’est pas une mosquée). Les femmes isma’ili sont vêtues le plus souvent à l’européenne mais quand elles vont à la jamat khana elles portent un vêtement long, le pendjabi (tunique et pantalon) avec un voile de tête en mousseline porté sur l’épaule. Chaque jamat a deux responsables : un mukhi et un kamaria. Choisis par les membres de la jamat, ils sont nommés pour un an ou deux par Aga Khan lui-même qui reçoit des rapports de toutes les communautés. Le mukhi est le président du culte, il dirige les prières, et le kamaria son adjoint s’occupe de l’administration.

     

    Religion : Les Isma’ili Aga Khan sont parfois traités de non-musulmans par les autres branches de l’islam. Ils prononcent le shahada (ou profession de foi) mais le haj, pèlerinage à La Mecque et même le jeûne du Ramadan (deux des cinq piliers de l’islam orthodoxe) ne sont plus des obligations. Les prières elles-mêmes sont différentes. La prière isma’ili se caractérise par la pratique du batuni (« caché », « invisible »), pratique de méditation. Les isma’ili font trois prières quotidiennes, le matin, très tôt et le soir. La prière du matin, entre 3 et 5h00 commence par la méditation (bâtin, batuni) : on oublie le monde, on se concentre su Dieu puis on récite des ginan (hymnes) et des prières. Le soir vers 18h30 ou 19h00, les fidèles reviennent à la jamat khana. Les prières sont des résumés de certains versets du Coran. La prière nommée tasbihi est composée de sollicitations auprès de Dieu et de demandes de pardon. On trouve dans les jamat khana des arrangements de fleurs et de fruits frais à la différence des autres lieux de prière islamique. Les fleurs sont des éléments décoratifs laissés à l’appréciation des fidèles. La tradition d’amener des fruits ou autres nourritures est un acte d’obéissance aux recommandations du Prophète. Chaque jour, les denrées apportées par chacun sont revendues aux enchères aux fidèles eux-mêmes et l’argent est recueilli par la jamat khana pour ses oeuvres. Hommes et femmes font la prière dans la même salle, hommes à gauche et femmes à droite. Il n’y a pas de mihrab, pas d’orientation impérative vers la qibla, mais si l’architecture le permet, on se tourne approximativement vers la Mecque. Les prières sont nommées dua et non namaz. Le guide, le mukhi, au lieu de tourner le dos aux fidèles en regardant vers la Mecque, leur fait face au contraire. La prière du vendredi est la même que celle des autres jours mais le matin du lundi et du vendredi, il y a une prière supplémentaire. Des madjilis spéciaux sont organisés , dans l’idée d’un plus grand service pour Dieu : plus de prière et plus d’argent offert. Le madjilis du « Life » (vie) se tient le premier dimanche du mois du calendrier grégorien. Un autre madjilis se tient le jour de la nouvelle lune du calendrier de l’hégire (fixé à l’avance par les Isma’ili). Deux rituels sont particulièrement importants : le rituel de confession et le rituel du firman (ou farman), la parole. La confession se réalise par la récitation en langue indienne d’une prière de confession, individuellement, devant le président du culte, prière pendant laquelle on reconnaît être pêcheur et on demande l’absolution. Le mukhi répond au fidèle qu’il est pardonné, prononçant par trois fois le mot « farman » en l’aspergeant d’eau. Le fidèle répond « d’Ali et Muhamad » reconnaissant que c’est la parole de Ali et Muhammad qui lui pardonne.

    Les familles, européanisées, ont peu d’autorité sur leurs enfants sur le plan religieux. Les Isma’ili ont subi pendant assez longtemps une forte influence culturelle française. Ils se sont sentis français pendant la colonisation et se sentent encore français. Aux vues des missionnaires venant des Indes, ils n’ont que peu de traditions indiennes dans leur vie quotidienne. C’est pourquoi le jamat fait venir des missionnaires dont le rôle est d’animer et d’organiser sa pratique religieuse.

     

    Rôle socio-économique : La communauté isma’ilit mondiale est organisée depuis le centre d’Aiglemont, près de Chantilly dans la région parisienne, une des résidences de l’Aga Khan, et divisée en régions géographiques (Europe d’ l’Ouest, Europe de l’Est, Afrique, Inde et Birmanie, Madagascar, Afrique de l’Ouest, Moyen-Orient et Pakistan, ex-URSS, USA, Canada…). Chacune de ces régions est organisée par des Nationa Councils : le National Council de Madagascar, situé à Tananarive, est rattaché directement au centre des institutions de l’Imamat à Aiglemont. L’argent recueilli à Madagascar tombe dans le fond commun et revient en partie sous forme de soutin financier pour certaines actions. Les Isma’ili ont un texte de constitution où toute cette organisation et ses buts sont définis. Son soubassement économique est très solide. Des institutions financières ont été crées (banques) : leur capital est et formé à 50% par une subvention de l’Aga Khan et à 50% par des émissions d’actions acquises par des particuliers isma’ili. Ces institutions financières aident à la constitution de petites et moyennes entreprises et soutiennent économiquement l’activité des membres de la communauté. Le National Council est divisé en départements (boards) responsables des différents secteurs de la vie religieuse, sociale et économique de la communauté. Les principaux sont les départements religieux (tarikha board), de l’éducation et du budget. Leur sont affiliés les sous-départements de la santé, de l’aide sociale, des femmes, de la jeunesse… Comme les autres communautés karana, la communauté isma’ili s’organise intérieurement pour se prendre en charge comme un mini-état.

     

    4.3.3. Les Khodja ithna ashery

    Origine : Scission à l’intérieur de la communauté.

    Organisation : La communauté khodja ithna ashery de Madagascar a créé un Conseil Territorial, structure centralisée représentant toutes les communautés de Madagascar, indépendant mais en relation avec le Suprem Council qui sière à Dar es Salam. Tous les conseils territoriaux dépendant de la World Federation, structure mondiale des Khodaj shiites duodécimains, qui siège à Londres. Le Conseil Territorial centralise les relations internes et externes des jamat de Madagascar.

    Religion : L’imambara, maison de l’imam, est un lieu de réunion avec prêche (madjilis) où l’on peut aussi faire des prières quotidiennes (namaz),. Beaucoup de jamat n’ont qu’un imambara, faute de moyens. Les mosquées sont des espaces sacrés où l’on ne peut faire que les prières quotidiennes et du vendredi. Elles sont toujours accompagnées d’imambara. Le moussafar khana est la maison de passage, le caravansérail. Le puits faisait autrefois partie des installations, alimentant le bassin d’ablution de la mosquée et fournissant l’eau de la cuisine collective pour les repas de fête, rencontres où la communauté s’épanouit dans sa commensalité. Enfin, le cimetière symbolise l’enracinement de la communauté à travers ses membres définitivement installés sur cette terre malgache. C’est dans le culte et la pratique religieuse exercés en commun que les membres de la communauté soudent leurs relations et partagent une culture spécifique. Cette pratique distingue constamment un espace masculin et un espace féminin, deux sociétés contiguës et parallèles qui ne se croisent que dans les relations familiales primaires : mères/fils, pères/filles, frères/soeurs, et dans les relations d’alliance mari/femme. Ainsi, outre la famille, la femme a des relations intenses avec cette société féminine dans laquelle elle vit de nombreuses situations. Les lieux de culte comprennent toujours deux salles distinctes. Les femmes accomplissent les cinq prières quotidiennes à la maison, les hommes à la mosquée ou à l’imambara. Elles sont faites en trois temps de la journée, pour les rendre compatibles avec les activités de marchands : al fajr, avant le lever du soleil, al zohr et al asr dès que le soleil a passé le zénith, avec dix minutes d’intervalle, et de même pour al maghrib et al isha au coucher du soleil. Le vendredi, seuls les hommes vont à la prière communautaire. Par contre, dans l’après-midi, une réunion des femmes est organisée à l’imambara pour lectures simples et prières. Tous les jeudis soirs, hommes et femmes viennent écouter des lectures et des conseils moraux : cette réunion se nomme madjarissat ou madjilis. Un haut-parleur diffuse dans la pièce des femmes le discours que l’imam prononce dans celle des hommes. Certaines femmes emmènent leurs petits enfants par commodité. Les plus grands suivent leur père ou leur mère selon leur sexe. Les enfants grandissent dans une pratique religieux assidue. Une jamat a de nombreuses occasions de réunir ses membres : à l’occasion des fêtes du cycle de vie, mariages et enterrements et surtout pour les fêtes religieuses qui rompent la régularité des semaines. La fête la plus importante de l’année liturgique ithna ashri est celle de Ashura, le dixième jour du mois de Muharram qui fait revivre aux fidèles la bataille de Kerbala et les derniers évènements qui provoquèrent le martyre de l’imam Hussein et de sa famille : au cours d’une progression dramatique et grâce à des rituels de commémoration ayant des qualités théâtrales et psychodramatiques certaines, les fidèles se mobilisent fortement d’un point de vue émotionnel pour évoquer le drame (cortège nocturne puis diurne où les pénitents shiites se flagellent avec des fouets métalliques qui les font saigner abondamment).1 Des pratiques populaires de protection sont effectuées par les femmes à l’occasion de cette grande fête : toucher les différents objets rituels représentant les personnages du drame de Kerbala, les faire toucher aux enfants, faire des voeux pour lesquels on porte un bracelet qui a été contact avec le cénotaphe. Les pétales de rose jetés sur les objets de culte sont ensuite recueillis par les fidèles qui le mangent ou les emmènent chez eux. Les réunions religieuses sont les uniques occasions sociales de rencontres. C’est dans ces espaces partagés que les parents de chaque sexe recrutent les conjoints possibles pour les enfants de leur famille. Les femmes mariées n’ont comme société que les femmes d’un réseau familial étendu certes mais tissé très serré. Cette assiduité dans les espaces religieux, seuls lieux avec la maison et le magasin où s’exprime l’identité de la communauté se prépare dès l’enfance avec la medersa où ont lieu les cours coranique et les cours de langue gujerati. Les membres des jamat cotisent pour faire venir des enseignants d’Inde ou du Pakistan.

    Rôle socio-économique : Le jamat est un microcosme socio-politique. Le pouvoir, affaire uniquement masculine, est exercé par le comité de jamat qui comprend douze à quinze membres. Chaque jamat est « gouvernée » par le président élu qui choisit lui-même son bureau. Un désir d’organisation et de hiérarchisation procure une pléthore de titres et d’attributions : vice-président, secrétaire général, trésorier, membres conseillers constituent un mi-état (islamique) dans lequel les responsables des divers comités d’action voient leurs entreprises soumises au pouvoir central. Entre les réunions hebdomadaires du comité de jamat, des contacts se nouent d’un magasin à l’autre : toutes les relations sont personnalisées. Une cotisation mensuelle est demandée à chaque chef de famille de la jamat. A Tananarive, le montant est fixé selon une catégorisation socio-professionnelle à trois niveaux : les industriels, les grossistes et les détaillants.

    Les comités ont pour tâche de résoudre tous les aspects problématiques de la vie de la jamat. D’abord créés pour organiser les funérailles, ou les repas collectifs à l’imambara, ils se sont multipliés au fur et à mesure que se développaient de nouvelles situations : il existe un comité social, scolaire, sanitaire, du sport, de la bibliothèque, du cimetière, des repas communautaires.

    Les Khodja ithna ashery se mobilisent lors de catastrophes nationales ou pour des cas ayant bénéficié de publicité. Il faut aussi mentionner le petit sou que tout Karana distribue à la file de mendiants qui se forme devant son magasin chaque vendredi, jour de l’aumône.

     


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