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    Flash-info

    RTL, 7h50, Invité : Lionel Jospin

    Sur les propos de François Fillon :

    "Moi, je ne passe pas mon temps à critiquer le gouvernement, mais je déteste la malhonnêteté intellectuelle. »

    "M. Fillon a essayé de faire un amalgame entre une allocution protocolaire que j'ai faite en recevant, comme Jacques Chirac, le président Ben Ali en octobre 1997, hors de tout trouble en Tunisie (...) et une déclaration insensée de la ministre des Affaire étrangères, Mme Alliot-Marie proposant une coopération policière à un pouvoir qui était en train de réprimer son peuple, lui-même en mouvement",
     
    "C'est donc une comparaison absolument insupportable. »  « Le Président Jacques Chirac invite avant même que je sois Premier ministre M. Ben Ali, je le reçois par obligation protocolaire, je fais le minimum syndical (...) et dans un tête à tête avec ce président, je décline la proposition qu'il me faisait de venir faire une visite officielle en Tunisie. Pendant 5 ans, je n'irai jamais en Tunisie" "Il ne faut pas confondre les temps et il ne faut pas confondre l'attitude qu'on adopte en routine diplomatique face à des Etats qui sont de toute nature et puis une proposition extrêmement choquante, alors que le peuple s'est mis en mouvement en Tunisie"

    "Je n'ai jamais fait preuve, dès l'époque de M. Bourguiba, de complaisance à l'égard des dirigeants tunisiens, j'ai toujours aimé ce peuple et distingué ses dirigeants quand c'était nécessaire"

    Europe 1, 8h20, Invité, Bertrand Delanoë

     Tunisie :

    "Je soutiens le mouvement magnifique qui nous rend fier en Tunisie. La Tunisie après 55 ans de régime autoritaire vie la liberté, c’est le peuple et notamment la jeunesse qui l’a fait. Je soutiens ce mouvement. Les personnes qui tentent de faire cette transition ont besoin de temps. Des commissions pour lutter contre la corruption, pour établir les responsabilités sur les derniers évènements et pour réformer dans le sens du pluralisme, de la démocratie. S’ils ont confiance en ces institutions, il faut qu’elles puissent marcher pour que cette transition réussisse. Dans la révolte il y a aussi un besoin de justice sociale."

    On peut parler avec des dirigeants d’un pays dont on conteste un certain nombre de méthodes mais il faut dire ses convictions. Pour ma part je n’ai pas de problème de ce côté là.

    France Inter, 8h20, Invité: Frédéric Mitterrand,

    « Je comprends l’indignation des tunisiens à l’égard de tout ce qu’ils ont vécu. On a toujours ce côté repentance en France qui me semble toujours un peu biaisé. La France a accueilli énormément d’opposants tunisiens. Moncef Marzouki a bien insisté là dessus. Ce que j’ai dit c’est que le pouvoir ne répondait pas aux aspirations du peuple. Il faut remettre mes propos dans un contexte. Toute ma vie, j’ai essayé de valoriser les artistes et les intellectuels tunisiens. Il n’y a pas eu de cécité (du gouvernement), il y a eu un désir d’essayer de comprendre ce qui se passait.
    Je ne vais pas faire la liste de tous ces gens éminents, qui ont travaillé pour la démocratie qui à un moment ou à un autre ont eu la même position que la mienne.
    Tout le monde sait que j’ai la double nationalité tunisienne mais ça n’a aucune incidence sur mes propos. Tout cela est un peu injuste. J’avais organisé pendant un temps très long et avec mes faibles moyens une année de la Tunisie en France qui a été un très grand succès. La plupart des gens que j’ai mis en avant étaient en délicatesse si ce n’est en opposition avec le régime. Tout le monde regrette, c’est là qu’il faudrait être un peu honnête.

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    Témoignage

    "Si la Révolution de la Jeunesse et du Jasmin (RJJ) s’est déclenchée en Tunisie avec cette ampleur et avec cette profondeur, c’est que les contradictions, entre la réalité et les apparences, sont arrivées à leur paroxysme (au plus haut degré).

    Mais l’incompétence de gouvernance continue à régner. Que ce soit à l’intérieur de notre pays ou à l’extérieur.

    A l’intérieur de la Tunisie, après que les « professionnels de crime » aient assassiné des citoyennes et des citoyens non armés, pacifiques dans leurs revendications, voici le tour de « professionnels du mensonge » qui cherche à achever le mouvement de la jeunesse par des basses manœuvres politiciennes, au lieu d’écouter le mouvement populaire.

    A l’extérieur de la Tunisie, après que Kadhafi  et le roi Saoudien aient déclaré leur amitié à Ben Ali, voici que les agences de notation financière continuent à médiatiser leur mauvaise appréciation de la situation pour porter secours aux dirigeants incompétents et pousser les forces hostiles à intervenir, au lieu d’écouter l’écho favorable de ce mouvement populaire auprès de la population mondiale.

    Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la Tunisie, la ligne de démarcation est entre la révolution et la réaction, entre la jeunesse et la détresse, entre le jasmin et l’inhumain."

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    MADAGASCAR

     

    NIVEAU  DES  PRIX : aucune politique simple ne pourrait l’améliorer

     

    Le prix du riz constitue le déterminant le plus important du bien-être à Madagascar étant donné la place occupée par le riz dans le panier de consommation. Le prix du riz constitue aussi une variable non négligeable du point de vue décisionnel dans la mesure où il peut être influencé par des interventions gouvernementales.

    Toutefois, le manque de compréhension des mécanismes de formation des prix du riz empêche parfois la formulation de mesure de politiques  appropriées.

    Plus aux termes d’une étude sur la formation des prix du riz local à Madagascar réalisée par Bart Minten et Lalaina Randrianarison, Centre National de la Recherche Appliquée au Développement Rural, et Programme ILO, il est indiqué, surtout, que : « La théorie économique suggère que les prix  des produits agricoles augmentent à mesure qu’on s’approche des villes (Von Thünen, 1826 ; Ravallion, 1986)… Le prix du riz est plus élevé durant la période de soudure qui s’étend principalement d’octobre à janvier, dans la plupart des provinces. Ce prix résulte des frais de stockage : pertes de stockage, évaporation de l’eau qui entraine une hausse des composants nutritionnels par kg de riz et surtout coût d’opportunité du capital. Etant donné que les agents économiques concernés ou intéressés doivent faire un choix entre un investissement dans le stockage de riz ou d’autres activités, la hausse continue du prix du riz après la période de récolte suit ainsi l’évolution du coût d’opportunité du capital dans l’économie rurale… »

    Bref, et selon toujours la même étude, il et, entre autres, fait était que : « Les facteurs déterminants comprennent le moment de la récolte, les coûts de stockage, la distance par rapport aux centres urbains, l’accès aux routes et l’éloignement, les monopsones, la disponibilité du riz importé, le niveau de richesse de chaque localité, les catastrophes naturelles et climatiques.

    Cette analyse a ainsi démontré la complexité de la question du riz à Madagascar et aboutit à la constatation qu’aucune politique simple ne pourrait améliorer le niveau des prix en milieu rural.

     


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    Spécial Tunisie

     



    --- En date de : Lun 17.1.11, Jean François Leguil-Bayart <bayart@ceri-sciences-po.org> a écrit :


    Indécences franco-tunisiennes

     Jean-François Bayart mon blog Mediapart :

     

                Trois ans après avoir intitulé une chronique « Obscénité franco-tchadienne »[1], je me vois obligé d’en titrer une autre « Indécences franco-tunisiennes », tant le bilan de l’hyper-président se situe décidément aux antipodes des promesses de l’hyper-candidat en faveur de la démocratie urbi et orbi et relève de la pornographie diplomatique. Certes, Nicolas Sarkozy n’a été que le dernier en date des chefs d’Etat français à prodiguer un soutien inconditionnel au régime de Ben Ali. Il ne fut pas le seul à avoir la berlue quand il voyait « progresser l’espace des libertés » en Tunisie, et son prédécesseur, Jacques Chirac, avait tenu des propos tout aussi scandaleux. Quant à François Mitterrand, il n’avait pas montré plus de réticence à l’encontre de la restauration autoritaire dans laquelle n’avait pas tardé à s’engager l’homme du « Changement », deux ans après sa prise du pouvoir, le 7 novembre 1987, qu’à l’égard des processus similaires qui avaient prévalu en Afrique subsaharienne dans le sillage du grand mouvement de revendication démocratique de 1989-1990 ou qu’à celui de l’écrasement du Front islamique du salut par l’armée, en Algérie, en 1992.

                Pourtant, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a pulvérisé les records de l’insanité et de la cécité politiques. A tout seigneur tout honneur, la palme de l’incompétence et de l’Hénormité revient sans doute à Michèle Alliot-Marie qui, ministre des Affaires étrangères, et à deux reprises, n’a su que proposer le « savoir-faire » français en matière de maintien de l’ordre, alors que les morts se comptaient déjà par dizaines. Drôle de conception de la diplomatie, singulière idée de la démocratie ! Le propos était d’autant plus surréaliste que « MAM », ancienne ministre de la Défense, puis de l’Intérieur, est mieux placée que quiconque pour savoir que la Place Beauvau a développé une coopération policière de grande ampleur avec la Tunisie de Ben Ali, depuis vingt-trois ans, avec les résultats que l’on voit. La France a vendu à celui-ci des moyens techniques surdimensionnés qui lui permettaient d’écouter deux fois l’ensemble de ses sujets. Elle lui a envoyé des officiers de liaison et des agents du SCTIP qui ont pu observer de près la manière dont le régime surveillait, emprisonnait, battait, torturait et condamnait à la mort sociale les opposants (et leur famille).      Aussi faut-il prendre au mot la déclaration pontifiante du ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, le 11 janvier, rappelant qu’« avant de juger un gouvernement étranger » il fallait « bien connaître la situation ». La « situation », les autorités françaises la « connaissaient » fort bien, de l’intérieur, pour en être parties prenantes (et trébuchantes puisque cette coopération policière charriait son lot de contrats). Il leur était aussi loisible de lire les travaux de science politique que les chercheurs d’un CNRS dont elles sont promptes à railler l’improductivité avaient publiés : par exemple Le Syndrome autoritaire. Politique en Tunisie de Bourguiba à Ben Ali de Michel Camau et Vincent Geisser (Presses de Sciences Po, 2003), ou La Force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie de Béatrice Hibou (La Découverte, 2006). Même la désespérance sociale de la jeunesse, à l’origine du soulèvement, était parfaitement documentée grâce aux remarquables analyses de Samy Elbaz[2]. Et la fragilité de la réussite économique de la Tunisie avait bel et bien été annoncée dès la fin des années 1990[3]. Il n’y avait pas un pan du régime de Ben Ali qui restait ignoré.

                Simplement, la plupart des politiques, des hauts fonctionnaires, des journalistes et des intellectuels français ont préféré prendre pour argent comptant son discours de légitimation et se persuader qu’il était un rempart nécessaire contre l’islamisme, l’ultime défenseur des droits de la femme, un « miracle », un havre de « stabilité » et d’« ouverture » à l’Occident. Nonobstant les évidences. La répression du parti islamique le plus modéré du monde arabe, Ennahda (Renaissance), a fait de la Tunisie l’une des principales pourvoyeuses de djihadistes convertis à la cause de Ben Laden et n’a pas empêché l’attentat contre la synagogue de Djerba en 2002, que le régime avait pitoyablement essayé de travestir en banal accident, à la grande fureur de l’Allemagne dont plusieurs ressortissants avaient péri dans l’explosion. Le statut  juridique des femmes est peut-être meilleur en Tunisie qu’au Maroc ou en Algérie, mais ces dernières n’y ont toujours pas les mêmes droits de succession que les hommes : la rente bourguibienne en la matière est depuis longtemps épuisée. Le « miracle économique » était pour l’essentiel un trompe l’œil, et l’aisance des classes moyennes reposait sur un surendettement toxique. Enfin, l’effondrement subit de Ben Ali et les violences auxquelles il donne lieu nous rappellent de quoi était faite cette « stabilité » et confirme que les eaux dormantes sont les plus dangereuses. A laisser trop longtemps fermée la cocotte minute, elle explose, et le spectre de la guerre civile guette maintenant le mythique « pays du jasmin ». La triste vérité est que les élites françaises, toutes professions confondues, se sont lourdement compromises et ont entraîné l’Union européenne dans leur illusion, voire leur veulerie (je mettrai à part Frédéric Mitterrand qui jusqu’au bout a soutenu Ben Ali, mais qui a des circonstances atténuantes s’il est vrai qu’il est citoyen tunisien : il était à la merci de la police du régime !)

                L’exercice d’auto-justification et de rétro-clairvoyance auquel se livrent les uns et les autres depuis quelques jours n’en est que plus comique, la médaille d’or devant cette fois-ci être attribuée à l’amiral Jacques Lanxade, ambassadeur de France à Tunis de 1995 à 1999, dont la langue de bois était d’ébène lorsqu’il était en fonction, et qui assure aujourd’hui sans rire que « cette révolution était inéluctable », que « la dérive autoritaire de ce régime le condamnait » et qu’il en avait averti Paris « dès 1999 »[4]. Les connaisseurs apprécieront à leur juste valeur ce plaidoyer pro domo – et rendront hommage à Yves Aubin de la Messuzière, en poste de 2002 à 2005, qui, de pair avec son équipe, en particulier son premier conseiller, Jean-Pierre Filiu, et son conseiller culturel, Jean Hannoyer, mit en œuvre une diplomatie aussi professionnelle que lucide et courageuse, étant enfin l’ambassadeur de France près la Tunisie, et non l’inverse.

                Désormais, Nicolas Sarkozy entend se tenir aux côtés du peuple tunisien dans sa marche vers la démocratie. Mieux vaut tard que jamais. Sauf que le soutien de la France aux démocrates équivaut au baiser de la mort, si l’on en juge par la séquence tchadienne de 2007-2008[5]. Sauf aussi que les erreurs d’hier ne prédisposent pas à la sagacité du lendemain. Jusqu’à preuve du contraire, il est moins question, à Tunis, de « transition démocratique » ou de « révolution politique », comme on l’entend dire, que de reproduction ou de restauration autoritaire. Bien sûr, c’est un vaste et remarquable mouvement social qui a ébranlé le régime, et l’on ne saluera jamais suffisamment le courage dont ont fait preuve les manifestants. Ces derniers, au demeurant, reprenaient le flambeau des protestataires des années précédentes qui avaient déjà exprimé leur colère, notamment à Gafsa, en 2008 et 2009, et à Benguerdane, en 2010, au péril de leur liberté, voire de leur vie. Néanmoins, Ben Ali a été chassé vendredi par une révolution de palais plutôt que par la foule : soit par les hiérarques du parti unique, qui se sont débarrassés de leur fondé de pouvoir  avant que celui-ci ne les entraîne dans sa chute ; soit par l’armée, dont l’un des chefs d’état-major, Rachid Ammar, venait d’être renvoyé, qui désapprouvait le bain de sang et qui n’était sans doute pas fâchée de prendre sa revanche sur la police. La Tunis de janvier 2011 fait plus penser à la Bucarest de décembre 1989 qu’à une situation réellement révolutionnaire. La chute a été trop rapide pour être honnête.

                Le risque est donc grand de voir le régime se refermer comme une huître à la première occasion venue, comme il l’avait déjà fait après le « Changement » du 7 novembre 1987, ou à l’instar de la République algérienne après les émeutes d’octobre 1988 et l’intermède démocratique auquel avait mis fin l’armée à la suite de la victoire électorale du Front islamique du salut.

                Quatre considérations le font redouter. En premier lieu, le parti islamique Ennahda est sans doute la seule force politique organisée, disposant d’une véritable base sociale, en dépit de la terrible répression qu’il a subie et de l’exil de ses principaux leaders. S’il menace d’arriver au pouvoir, l’opinion tunisienne peut être tentée de se réfugier à nouveau derrière une dictature protectrice qui sans nul doute bénéficiera du soutien de l’Occident. En deuxième lieu, ceux que l’on nomme les « démocrates », quelle que soit la détermination de certains d’entre eux, n’ont précisément pas hésité à cautionner l’écrasement policier de la mouvance islamique entre 1989 et 1994, leur libéralisme s’arrêtant là où commençait le militantisme d’Ennahda. Leur capacité à démocratiser le pays est sujette à caution et supposerait de toute manière qu’ils surmontent leurs divisions picrocholines[6]. En troisième lieu, le régime Ben Ali ne reposait pas seulement sur la coercition, mais aussi – comme l’a démontré Béatrice Hibou – sur de multiples transactions, en particulier économiques, qui forgeaient un consensus, en même temps qu’elles garantissaient le contrôle politique et social de la population. Le crédit bancaire a été un rouage central de cette économie politique et morale du « pacte de sécurité » que l’Etat avait octroyé à la société – une économie politique dont rien ne dit que le renversement de la « Famille » suffira à la mettre à bas. La dénonciation de la « corruption » d’une « mafia » prédatrice ne peut tenir lieu d’analyse et participe d’un certain infantilisme. Enfin, le régime Ben Ali s’inscrit dans une longue tradition de réformisme étatique et autoritaire que le beylicat, province ottomane, avait héritée des Tanzimat, qu’il a consacrée avec le Pacte fondamental de 1857 – dit justement, en arabe, « Pacte de sécurité » (Ahd al-amar) – sous-jacent à la Constitution de 1861, que le Protectorat français a recomposée au service de ses intérêts impériaux, et dont le Néo-Destour a été l’apothéose nationaliste. Ben Ali n’a fait que prolonger cette tradition en la mettant au goût du jour, celui d’un néo-libéralisme de façade et d’un Partenariat euroméditerranéen de complaisance.

                La crise politique actuelle intervient à la confluence de ces différents facteurs. Les tenants d’un pouvoir autoritaire - que l’on aimerait pouvoir qualifier de « sortant », mais il serait prématuré de ne voir dans les milices du RCD que de simples « nostalgiques » tant peut-être l’avenir leur appartient encore - cherchent précisément à faire regretter aux Tunisiens ce fameux « pacte de sécurité » en enclenchant une stratégie de la tension pour redonner au « consensus » sa légitimité. Le pari n’est pas aussi insensé qu’il y paraît. En effet, l’opposition « démocrate », voire islamiste, n’est pas étrangère à cette mythologie politique. La « tunisianité » dont chacun se gargarise, de part et d’autre de la mer Méditerranée, n’est que l’expression idéologique de cette culture politique du pacte réformiste autoritaire[7]. Dans un très bel essai, Hélé Béji avait décrypté dès 1982 le « désenchantement national » et expliqué comment « l’instance qui m’a libérée est bien celle qui me domine aujourd’hui », en un « dédale monstrueux »[8]. Force est de reconnaître que la Tunisie reste un havre du nationalisme arabe, nonobstant sa légendaire « ouverture ». L’ennemi qu’elle devra vaincre pour se démocratiser, avant même l’« amitié » intéressée et bornée de la France et de l’Union européenne, est son propre orgueil identitaire. Un orgueil que flatte son aura, trop vite décernée, d’avoir couvé la première révolution dans le monde arabe.

     


    [1] Jean-François Bayart, « Obscénité franco-tchadienne », Le Monde, 12 février 2008.

    [2] Samy Elbaz, « Quand le régime du ‘changement’ prône la ‘stabilité’ : mots et trajectoire de ‘développement’ en Tunisie », Revue Tiers monde, 4 (200), 2009, pp. 821-835.

    [3] Béatrice Hibou, « Les marges de manœuvre d’un ‘bon élève’ économique : la Tunisie de Ben Ali », Les Etudes du CERI, 60, décembre 1999 http://www.ceri-sciences-po.org/publica/etude/etude60.pdf

    [4] Journal du Dimanche, 15 janvier 2011, p. 4.

    [5] Jean-François Bayart, « L’hypo-politique africaine d’un hyperprésident », Savoir-agir, 5, septembre 2008, pp. 164-165.

    [6] Pour une critique (de l’intérieur) de l’opposition « démocrate », voir Sadri Khiari, Tunisie : le délitement de la cité. Coercition, consentement, résistance, Paris, Karthala, 2003.

    [7] Sadri Khiari, Tunisie : le délitement de la cité, op. cit., et Béatrice Hibou, La Force l’obéissance, op. cit., chapitres 8 et 9.

    [8] Hélé Béji, Désenchantement national. Essai sur la décolonisation, Paris, François Maspero, 1982, p. 14.



     

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    Par Arielle  Thedrel <http://plus.lefigaro.fr/page/arielle-thedrel>   17/01/2011 |

     
     Rached Ghannouchi, chef historique du parti islamiste Ennahda.

     
    Exilé depuis 1989, le chef historique du parti islamiste Ennahda a annoncé son retour au pays et s'est dit prêt à «travailler pour bâtir un État de droit».


    Qui profitera du vide laissé par Zine el-Abidine Ben Ali ? Des civils, des militaires ou des islamistes ? Après vingt-trois années de pouvoir absolu, le président déchu laisse derrière lui un champ de ruines politique, la faiblesse de l'opposition laïque rendant aléatoire le succès d'une transition démocratique. Car, tandis que le premier ministre Mohammed Ghannouchi, tente de former un gouvernement d'union nationale <http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/01/16/97001-20110116FILWWW00195-tunisie-nouveau-gouvernement-lundi.php> , un autre Ghannouchi, prénommé Rached, sans lien de parenté avec le chef du gouvernement, vient d'annoncer depuis Londres son prochain retour en Tunisie. Exilé depuis 1989, le chef historique du parti islamiste Ennahda (Renaissance), Rached Ghannouchi s'est dit prêt à «travailler pour bâtir un État de droit ». Son audience s'est considérablement réduite, y compris au sein de son mouvement, mais ses ambiguïtés pourraient tenter les «faucons» de l'ancien régime d'agiter une nouvelle fois l'épouvantail islamiste pour se maintenir au pouvoir.
     
    Profond malaise social            


    C'est une vieille habitude. Au lendemain des législatives d'avril 1989, à l'issue desquelles les islamistes avaient obtenu officiellement 14 % des suffrages, le président Ben Ali avait décidé d'exclure du champ politique le parti Ennahda. La victoire électorale du Front islamique du salut (FIS) en Algérie lors des élections de juin 1990 lui avait ensuite offert l'occasion d'exploiter la menace d'un «effet domino». Présenté comme un péril pour la stabilité du pays, Ennahda avait été interdit et ses cadres torturés et emprisonnés. La légende de Ben Ali «rempart contre l'intégrisme» était née. Le fait est cependant qu'Ennahda, contrairement au mouvement islamiste algérien, n'a jamais basculé dans la violence et que cette formation était et demeure jusqu'ici plus proche des islamistes modérés de l'AKP turc que des barbus algériens du FIS.

     
    Rached Ghannouchi, 69 ans, est un leader controversé. Proche idéologiquement des Frères musulmans, il a toujours prôné une opposition frontale au régime du président Ben Ali. Dès le début des années 1990, après l'éclatement de la première guerre du Golfe, il appelait à la «guerre sainte». L'avocat Abdelfattah Mourou, numéro deux d'Ennahda, suivi par la majorité des cadres du parti, avait aussitôt affiché son désaccord avec ce discours jugé «peu réaliste ». Après avoir purgé de longues peines de prison, ces derniers ont été libérés. Ils sont aujourd'hui «cassés», mais leurs héritiers pourraient être tentés de se radicaliser, l'autoritarisme ayant souvent fait le lit de l'extrémisme.

     
    La Tunisie est un paradoxe. Sa classe moyenne et l'égalité juridique des femmes en font un modèle de modernité au sein du monde arabe. L'idéologie salafiste n'a guère d'assise sociale en Tunisie. Mais les acquis de l'ère Bourguiba, despote éclairé, ont été dévoyés par son successeur qui avait verrouillé tous les espaces de liberté. La vague de religiosité apparue ces dernières années, tout comme la violence de cette «révolution de jasmin» témoignent d'un profond malaise social. Ennahda a été décimé, mais les années d'humiliation endurées par le peuple tunisien pourraient renforcer son réservoir électoral. Les prochaines élections constitueront un test.

    Une partie de l'opposition démocratique a mesuré le danger. Elle plaide depuis longtemps pour la réintégration d'Ennahda dans l'arène politique et s'est alliée aux islamistes modérés sur la base d'un «code de bonne conduite».

     

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    Madagascar : situation politique

    Pas d’impact sur le projet Ambatovy

     

    En cette période quelque peu trouble marquée notamment par la dernière mutinerie, l’on craint que des grands projets soient affectés. Dans un communiqué publié le 22 novembre 2010 dans le magazine spécialisé sud-africain Miningreview.com, l’un des actionnaires du projet Ambatovy, le consortium sud-corréen Korea ressources  corporation (KORES) affirme que cette tentative militaire est peu susceptible d’avoir un impact sur le projet Ambatovy. Rappelons qu’Ambatovy est le plus grand projet minier en investissement à Madagascar avec 4,65 milliards de dollars. Le projet est prévu démarrer la production de nickel et de cobalt l’année prochaine, après 3 ans de construction. En ce qui concerne la situation politique à Madagascar, KORES qui est actionnaire du projet Ambatovy à hauteur de 27,5 % affirme en suivre de très près l’évolution. Dans le communiqué, il avance que dans le cas de figure où l’aéroport d’Ivato est fermé, un tel scénario n’affectera pas la poursuite des travaux du projet Ambatovy puisque la plupart des matériaux de construction sont fournis par bateaux. Il faut d’ailleurs rappeler que les vols au niveau de l’aéroport international d’Ivato n’ont pas été perturbés par la mutinerie qui a pris fin sans affrontement sanglant samedi dernier.

    Quant à l’équipe du projet Ambatovy à Madagascar, il s’abstient de tout commentaire sur cet événement. Cette équipe chargée de l’opérationnalisation du projet est issue de la compagnie canadienne Sherrit qui détient 40 % du projet Ambatovy. Le japonais Sumitomo détient 27,5 % de ce projet et Miningreview.com affirme que joint par téléphone, son porte-parole Koji-Furui affirme qu’à l’heure actuelle, la situation à Madagascar n’a aucun impact sur le programme de développement du projet Ambatovy. Si KORES et Sumitomo  se sont donc exprimés sur les liens entre la situation à Madagascar et ce projet, Sherritt et SNC Lavalin, un autre actionnaire (5%) chargé des travaux de construction, préfèrent le « no comment ».

     

    La Gazette  23/11/10


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  • Etat de grâce en Tunisie

    La Tunisie reste bien présente dans la presse française, sept jours après la chute du régime de Ben Ali. Une semaine après, c'est un pays totalement changé que décrivent les reporters des journaux. Ainsi Christophe Ayad de Libération pour qui « Tunis savoure son état de grâce ».
     
    « Le centre de la capitale est devenu une vaste agora, où vient s'exprimer un inextinguible besoin de parole. Chacun veut raconter son expérience de la dictature, donner son avis, ses conseils, sa vision des choses (... ) les discussions sont animées mais empreintes d'un grand respect.  Les islamistes, longtemps réprimés mais encore peu nombreux dans les manifestations,  sont bienvenus, mais quand l'un s'avise de crier "Allah Akbar" ou de prier en public, il se fait gentiment rabrouer ».

    En résumé et comme l'écrit encore Libé, « tout en continuant de manifester contre le gouvernement, les Tunisiens découvrent le bonheur d'être libres ».  A la Une du journal, la photo d’une fleur au bout d'un fusil pour illustrer ce titre : « 7 jours de liberté ».
     
    Le Monde lui revient à sa Une sur ce qu'il appelle « les ratés de la diplomatie française ».  
    Pour le quotidien, « la révolution de jasmin, avènement d'une société civile conquérante en Tunisie, a été synonyme à bien des égards d'échec diplomatique majeur pour la France, censée connaître tous les méandres d'un pays  avec lequel les liens sont anciens et intimes, à deux heures d'avion de Paris ».

    En première ligne dans ce fiasco, la ministre Michèle Alliot-Marie et sa proposition, tellement décriée, d'aider Ben Ali à maintenir l'ordre. MAM qui pour Le Monde « a dû assumer seule alors que les deux branches de l'exécutif (Elysée et Matignon) étaient en réalité responsables au même titre qu'elle ». Ce rappel pour conclure l'article du Monde :
    « Le président Sarkozy a attendu cinq jours après le renversement de Ben Ali pur déplorer dans un communiqué les soixante-dix huit morts provoqués par les violences ».

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    Point de vue

     

    Emancipation de la Tunisie

     

    Une journée France Culture entièrement consacrée à la Tunisie samedi 22 janvier. Les intervenants précisent que si une révolution est en marche, en vue de renverser radicalement un pouvoir et un système (la détermination du peuple tunisien est exemplaire à ce sujet), il ne faut pas négliger les 55 ans de dictature qu'a vécus la Tunisie, et le marquage profond que ce système a pu imprimer dans les consciences, les comportements et les relations socio-économiques : la Tunisie va-t-elle réussir ce challenge? Là est la question et nous espérons tous que oui, pour la Tunisie et pour les autres peuples arabes qui auront devant eux, enfin, un modèle d'émancipation interne et autonome.

    Un journaliste du Figaro a dit hier, sur France 2, que le coup de fil d'Hillary Clinton au chef d'état-major de l'armée tunisienne, informant la Tunisie du soutien des US dans le reversement de Ben Ali a été, si ce n'est décisif, au moins important. Geste que la France aurait dû faire. Ici un avis personnel en complément sur cette question : que les socialistes et autres responsables de gauche français ne tombent pas non plus à bras raccourcis sur le gouvernement Sarkozy, sans s'auto-critiquer également : pas un seul d'entre les plus connus (resp., figure d'envergure ou parte-parole de parti) n'est sorti du bois, me semble-t-il, pour apporter son soutien au peuple tunisien, si ce n'est au moment où la fin de partie a été sifflée pour Ben Ali (manifestation de soutien à Paris où tous ont aboyé après que la caravane a passé).

     

    Autre question posée ce matin sur France Culture : dans quelle mesure le "harcèlement" des télévisions satellitaires du monde arabe, des imams orthodoxes, quant à un pays peuplé de "mauvais musulmans" (car libéraux) ne pourrait-il pas provoquer un retour de boomerang "islamiste" en Tunisie. Ce libéralisme (ijtihad) dans l'interprétation du Coran, imposé à la société tunisienne par Bourguiba/Ben Ali (avec le consentement d'une grande partie de la société, mais pas de l'autre) va-t-il se poursuivre maintenant qu'un système démocratique devrait permettre le débat d'idée entre islamistes et libéraux?

     

    Sophie, Alger

     

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    Le Cirque rouge classé patrimoine national

    L’un des sites les plus visités du Boeny acquiert un nouveau statut. Il sera des lors protégé en particulier contre toute construction qui peut le défigurer.

     

    Le Cirque Rouge à Mahajanga est désormais classé patrimoine national. La cérémonie d’inauguration de la plaque a eu lieu samedi 20 novembre à Mahajanga, en présence du ministre de la Culture, Mireille Rakotomalala, et des autorités locales. La décision a été prise en conseil de ministres le 13 juillet.

    « Il est protégé sur la plan juridique, au même titre que la grotte de Belobaka. Ce site sera un levier non négligeable du développement économique de la région Boeny. Il intéresse les scientifiques malgaches et les chercheurs étrangers », a précisé la ministre.

    « Outre son attrait touristique, il créera des emplois. La population et les autorités locales auront le devoir de le prémunir contre toute action nuisible, et surtout de l’exploitation abusive de l’argile ainsi que toute construction illicite », a-t-elle encore mentionné.

     

    Disparition

     

    A noter que les cheminées-de-fée font surtout la particularité de  cette aire protégée. Par ailleurs, un comité ad hoc sera mis en place prochainement pour gérer ce patrimoine national.

    Mireille Rakotomalala n’a pas manqué de critiquer les constructions non autorisées autour du site de Cirque Rouge, lors de sa visite samedi.

     

    « Ils ont eu l’audace de bâtir un kiosque en dur sur ce site juste après notre dernière visite. Cette  construction (ndlr : une villa à étage) détonne avec l’environnement. Les motos et quads ne devront pas passer à l’intérieur du cirque Rouge » s’est-elle indignée.

     

    La présidente du conseil consultatif touristique de l’environnement, le directeur de l’Office de la radio et de la télévision malgaches, les directeurs régionaux de la Culture et du Tourisme ont également assisté à cette cérémonie.

    Le directeur du tourisme a déclaré que la faune est très pauvre et certaines espèces d’oiseaux sont en voie de disparition au cirque Rouge. Le phénomène est aussi observé pour les batraciens.

     

    Vero Andrianarisoa

    L’Express  24/11/10


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  • Français du Monde-ADFE et le Conseiller Jean-Daniel Chaoui vous présente leurs meilleurs voeux pour la nouvelle année 2011.

    Santé, bonheur, prospérité, solidarité.


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    Elections Législatives 2012

    J’ai le plaisir de vous informer que j’aurai la responsabilité de représenter le parti socialiste et plus globalement les forces de gauche pour l’élection du futur député de notre circonscription (10ème circonscription des Français de l’étranger) et ainsi de me présenter à vos suffrages en 2012. Ainsi en a décidé le Bureau National du PS réuni lors de la Convention « égalité réelle » à Paris, le 11 décembre dernier.

    Jean-Daniel Chaoui, Conseiller AFE Océan Indien, candidat du Parti Socialiste pour les élections législatives 2012 dans la 10ème circonscription.

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    Spécial Tunisie

     

    Communiqué de la section Français du Monde-ADFE Tunisie

    Tunis, 18 janvier 2011


    En ce moment en Tunisie, nous vivons  une véritable révolution populaire. Ce mouvement spontané a été  initié par la jeunesse tunisienne de l’Ouest du pays avec un courage admirable et a été relayé par l’ensemble de la population, entraînant une adhésion massive, tous âges et toutes classes sociales confondus. Les manifestations, pacifiques, témoignaient d’un niveau élevé de conscience citoyenne et d’une détermination totale.


    La dictature mafieuse de Ben Ali et de son clan, caractérisée par une corruption généralisée, par l’oppression et la violation des libertés publiques, a fait l’unanimité contre le régime.


    Une violence policière meurtrière a été la réponse de celui-ci  à ces manifestations populaires, entraînant de nombreux morts et blessés.


    La fuite précipitée de Ben Ali a été suivie par une tentative de déstabilisation du pays, menée par une milice à sa solde perpétrant des violences contre les personnes et les biens. Ces crimes visent à détruire dans les bâtiments incendiés tout document compromettant,  à terroriser la population et  à déconsidérer le mouvement auprès des opinions publiques locale et internationale.


    L’armée joue parfaitement son rôle de protection de la population. Celle-ci a montré une capacité remarquable à s’organiser pour assurer son auto-défense. Les comités de quartiers, créés spontanément en vingt quatre heures, collaborent avec l’armée et participent à la protection des citoyens ainsi qu’à l’arrestation des suspects.


    Aujourd’hui, même si les règles de prudence doivent toujours être observées, la situation est sous contrôle et il n’est aucunement question de chaos. Les difficultés d’approvisionnement constatées dans les premiers jours sont en voie de résorption. L’esprit civique et la solidarité  aident à surmonter ces difficultés.


    En tant que Français, nous attendons de notre pays qu’il ne s’immisce pas dans le processus politique actuellement en cours en Tunisie. Nous approuvons le gel par la France des avoirs financiers et immobiliers du clan Ben Ali et le blocage de toute transaction suspecte. Nous demandons à l’Union Européenne d’en faire autant.

    Un pas immense a été franchi vers la démocratie en Tunisie. C’est la première étape d’un processus de longue haleine pour concrétiser les aspirations du peuple tunisien qui a commencé à prendre son destin en main. Nous lui exprimons notre admiration et le soutenons dans sa lutte pour la liberté et la dignité.

    Marie Bouazzi, Présidente de Français du Monde - ADFE - Tunisie
    Martine Djedidi, Conseillère à l'Assemblée des Français de l'Etranger

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                                                                                                                 Dakar le 18 janvier 2011

     

     

    LE MAGHREB, LE SAHEL ET LA FRANCE

     

    Le vent de l'Histoire vient de souffler sur la Tunisie. Son peuple que l'on disait soumis, écrasé par cinquante années de dictature, vient de faire sa révolution, dite "des jasmins", et de chasser son dictateur. La crise, le chômage, l'oppression, la corruption, surtout celle du premier cercle, et la soif de liberté, ont suffi. Le courage des Tunisiens a fait le reste.

    Il s'agit maintenant de transformer l'essai, de ne pas spolier le peuple de sa victoire. Chasser le dictateur pour garder la dictature ne serait qu'une révolution de palais. Il faut aller jusqu'au bout : exiger des élections libres et démocratiques qui confieraient enfin aux élus du peuple le gouvernement du peuple et pour le peuple !

    Par delà les frontières de ce petit pays, c'est dans l'ensemble du monde arabe que l'exemple tunisien, le premier du genre, peut faire contagion. Ils tremblent déjà ces dictateurs  en sursis, ventripotents, au pouvoir depuis plusieurs décennies et bien décidés à le transmettre à leurs fils. On se prend à rêver à l'émergence d'un monde arabe enfin libre et démocratique offrant un autre avenir à ses fils et ses filles. La nature de l'immigration en France et les relations Franco-arabes en général s'en trouveraient elles-mêmes changées…

    Elles en auraient bien besoin si l'on en juge par la gestion lamentable du dossier tunisien par le pouvoir français. De Michèle Alliot-Marie, à Frédéric Mitterrand, en passant par Bruno Lemaire et tant d'autres, quels ratages ! On attendait autre chose du pays de la révolution de 1789 !

     En même temps qu'au Maghreb,  d'autres évènements graves se déroulent en Afrique de l'ouest. Au Sahel, dans une zone grande comme dix fois la France, qui recouvre le Niger, le Mali et la Mauritanie, jusqu'à la frontière du Sénégal, des groupes armés, résidus de l'ex-GIA algérien, s'en prennent à l'Occident, en l'occurrence à son seul représentant dans la région, la France. Il s'agit d'Aqmi ("Al Qaida pour le Maghreb Islamique"). Peu nombreux (quelques centaines tout au plus) ils se livrent à des prises d'otages, qu'ils rançonnent. Avec l'argent des rançons ils s'équipent en armes et matériels. Plus que l'argent, c'est la notoriété qu'ils semblent rechercher à présent. Sans foi ni loi, ils ne reculent devant rien et certainement pas devant l'exécution de leurs otages innocents.

    Le gouvernement français quant à lui, on l'a vu hier avec Germaneau, aujourd'hui avec Antoine et Vincent, semble avoir fait le choix de la force. Entre deux exigences contradictoires, celle de ne jamais céder aux ravisseurs, et celle de tout faire pour sauver les otages, la marge de manœuvre est, il est vrai,  très étroite. Mais l'Histoire nous enseigne qu'il faut toujours laisser la chance aux "négociateurs" (les "profilers" des séries policières américaines), et que l'assaut n'est donné que si tout le reste a échoué. C'est Lawrence d'Arabie, grand connaisseur des déserts devant l'Eternel, qui disait : "ce n'est pas avec un couteau qu'on mange la soupe".

     

    La Côte d'Ivoire, elle aussi, est en crise grave. Voilà un pays naguère locomotive de l'Afrique de l'ouest, qui se trouve aujourd'hui au bord de la guerre civile, avec une économie presque à l'arrêt et … deux présidents.

    L'un, Alassane Ouattara, élu de manière incontestable et certifiée avec 54 % des voix est reconnu par l'ensemble de la Communauté internationale : l'ONU, l'Union Européenne, l'Union africaine, le FMI, la Banque Mondiale, la BCEAO ainsi que le PS français et l'Internationale Socialiste. Ce président légitime est reclus depuis plus de deux mois dans un hôtel d'Abidjan. L'autre, Laurent Gabgo, autoproclamé vainqueur dans la précipitation, grâce à un Conseil Constitutionnel à sa main, s'accroche lamentablement à son fauteuil. Il a encore pour lui l'armée, la gendarmerie, la télévision, une partie de la population dont les tristement célèbres "patriotes", ainsi que des intellectuels africains et non africains séduits autant par sa résilience que par les interventions de la communauté internationale et sa rhétorique nationaliste qui en découle. Il faudrait y ajouter quelques noms de la Françafrique, quelques socialistes français égarés par leur fidélité en amitié et, pour l'anecdote, les nouveaux Bouvard et Pécuchet que sont les deux avocats bientôt nonagénaires, Jacques Vergès et Roland Dumas.

    Il faut cependant sortir de l'impasse. Pour l'avenir de la démocratie en Afrique et dans le monde, la victoire d'Alassane Ouattara ne doit pas être négociable. Quant à raisonner Laurent Gbagbo, l'espoir en est bien mince. Il faut donc privilégier la stratégie de l'étouffement financier. Elle réside essentiellement dans le blocage à la BCEAO (Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest) dont le siège est à Dakar, de l'argent provenant de la vente du pétrole et du cacao, et accessoirement le gel des avoirs de Laurent Gbagbo et de son entourage, dans l'UE et aux USA. C'est la "technique du boa" qui demande de la patience mais qui en principe finit par réussir.

    On évoque enfin l'intervention militaire mais comme dernière extrémité, tant elle comporte de risques de guerre civile et de morts.

    Bechir Ben Yahmed rapporte dans son éditorial de "Jeune Afrique", ce mot de sagesse d'un très grand Africain, chantre du panafricanisme, et bon connaisseur de la Côte d'Ivoire : "Il se peut que Laurent Gbagbo veuille finir en martyr. Il ne faut pas le lui permettre, car il ne le mérite pas…"

     L'approche actuelle par nos dirigeants, du monde africain, sahélien, maghrébin, arabe et  islamique, laisse à désirer. Elle exige une meilleure connaissance de ces pays, de ces peuples et de leurs mentalités, pas seulement celles acquises dans les livres, à l'ENA, dans des bureaux parisiens ou les chancelleries, mais aussi celles que confère la vie quotidienne sur le terrain.

    Tous ces pays, Tunisie, Algérie, Niger, Mali, Mauritanie, Côte d'Ivoire, font partie de la 9e circonscription. Quelle étrange coïncidence ! On en rêverait d'une plus calme. Mais en même temps, quels défis, quels chantiers, quel challenge pour son futur député!

     Hassan BAHSOUN, Secrétaire de la section de Dakar, Conseiller à l'AFE 

     

     



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  • Français du Monde-ADFE et le Conseiller Jean-Daniel Chaoui vous présente leurs meilleurs voeux pour la nouvelle année 2011.

    Santé, bonheur, prospérité, solidarité.


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    Elections Législatives 2012

    J’ai le plaisir de vous informer que j’aurai la responsabilité de représenter le parti socialiste et plus globalement les forces de gauche pour l’élection du futur député de notre circonscription (10ème circonscription des Français de l’étranger) et ainsi de me présenter à vos suffrages en 2012. Ainsi en a décidé le Bureau National du PS réuni lors de la Convention « égalité réelle » à Paris, le 11 décembre dernier.

    Jean-Daniel Chaoui, Conseiller AFE Océan Indien, candidat du Parti Socialiste pour les élections législatives 2012 dans la 10ème circonscription.

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    Spécial Points de vue

     

     

    Point de vue

     

    Politique et langage 

     Cela fait plusieurs mois que je voulais parler de  Joe Bageant traite Deer Hunting with Jesus: Dispatches from America's Class War. Il a un blog : http://bit.ly/jF3FR. L’auteur est retourné vivre plusieurs mois dans sa petite ville de Virginie où il retrouve ses amis d’enfance. Il décrit la vie de cette classe sociale qui est juste au-dessus des noirs (je savais que pour les noirs américains les blancs sont une obsession mais le contraire est encore plus vrai ! Il parle également du port d’armes, des aides sociales, c’est vraiment LE livre de culture et d’histoire américaines que je recommande). Il ne parle pas de morale, il est très pragmatique. Et parmi les conclusions qu’il en tire, j’en ai relevées quelques unes qui me semblent universelles.  

    La gauche parle un langage que seuls les gens qui ont fait des études comprennent immédiatement alors qu’elle s’adresse à des personnes qui sont exténués par leur vie, qui sont tellement occupées à survivre qu’elles sont littéralement en état de mort-cérébrale. Et pour lui, cela explique le succès de l'extrême droite, qui parle le langage de la rue.

     Il utilise le mot télectorat (en France, il fait 12 millions de personnes) qui n’a ni le temps ni l’expérience pour les idées complexes et pas l’opportunité de creuser car trop las. Pour ce télectorat, il suffit qu’un slogan sonne juste pour qu’il lui paraisse logique, vrai (ce qui expliquerait le succès du travailler plus pour gagner plus). Il dit également que les gens de droite sont authentiques parce qu’ils défendent réellement leur statut, n’ont donc pas besoin d’élucubrations et que donc cela sonnera toujours plus vrai qu’un politique de gauche qui prône l’ouverture d’esprit, la tolérance ( il rajoute la redistribution car tout Américain aspire à devenir riche - même si l’ascenseur social ne fonctionne plus depuis les années Reagan).

     L’ouverture d’esprit et l’optimisme qui sont des qualités de gauche ne passent pas en temps de crise et cela me renvoie à une étude faite entre 1970 et 2002 sur 16 pays européens il a été constaté qu’à chaque fois que le PIB perd un point (sur deux trimestres), l'extrême droite gagne 0,136 points (étude fait l’objet d’un billet sur le blog de Doug Henwood qui lui même fait un lien vers cette étude que je mentionne “Recessions: better for right than left”: http://bit.ly/cO9Qth.

    Anna – La Haye

     

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    Point de vue

     

    Morale et politique

     


    Je voudrais aborder un sujet relativement tabou : pourquoi les ouvriers se sont éloignés du PS. George Lakoff argumente dans un blog http://blogs.berkeley.edu/2010/09/16/why-are-so-many-people-about-to-vote-against-their-interests

    sur l¹importance fondamentale de la morale dans le champ politique. Pour résumer, la morale soutiendrait la réflexion et la parole politiques et elle irait jusqu¹à influencer certains électeurs à voter contre leurs propres intérêts ­ paradoxe - si la morale proposée leur sied mieux que celle du parti auquel ils devraient logiquement porter leur suffrage. Une majorité d¹ouvriers a voté pour le candidat Sarkozy en 2007, malgré son programme favorable au Capital. En partant du principe de Lakoff, N. Sarkozy a exposé une morale ­ glorification de la classe ouvrière,  du travail (rejet franc des 35 h.) et de la tradition ­ qui a convaincu les ouvriers. En 2010, avec la crise économique et la confirmation brutale que nous vivons dans une société digne de l¹Ancien Régime, être ouvrier emmène comme conséquence de ne pas être  considéré, respecté et écouté à sa juste valeur humaine mais aussi sociale. La première de toutes les tensions résidant dans le fait que l¹école « républicaine » n¹aide plus les enfants
    d¹ouvriers doués pour les études. Toujours d¹après Lakoff, tout discours
    politique contiendrait une morale, et il serait, en conséquence, faux de dire que le discours de 2007 du PS ne contenait pas de morale, mais celle qui y était n¹a pas convaincu les ouvriers à choisir logiquement. J¹avoue que la parole publique de certains ténors socialistes crée un malaise sur leur vision de la classe travailleuse face au grand capital - M. Rocard devant le MEDEF faisant acte d¹allégeance devant le patronat : http://www.youtube.com/watch?v=_7BnXSGH2mc
    La morale ne devrait-elle pas reposer sur le contenu fort, concret et original de notre parole, en particulier sur la notion d¹Égalité dans la République française, et moins sur la valeur éthique des femmes et des hommes politiques qui nous représentent - Rocard est honnête et Jospin, « mon programme n¹est pas socialiste », ont une éthique irréprochable - ?

    David, USA

     

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    Flash-info Tunisie

     

    Benoît Hamon sur Public Senat

    .. « L'autre problème de la Tunisie, c'est l'absence d'oxygène démocratique et je ne comprends pas qu'un certain nombre de membres du gouvernement, au motif que la Tunisie ait eu un modèle de développement laïc (...), que cela justifie une forme de silence du gouvernement sur les violences et la répression. Je pense à Frédéric Mitterrand, je pense à Bruno Le Maire, à bien des membres du gouvernement. Il parle de « silence coupable, une décision au sommet de l'Etat de ne pas regarder la répression telle qu'elle se déploie aujourd'hui et d'y trouver des excuses. Et moi je ne trouve aucune excuse au fait de tirer sur la jeunesse et le Parti socialiste ne trouve aucune excuse au fait de tirer sur la jeunesse tunisienne. »
     A propos de Michèle Alliot-Marie qui évoque une coopération sécuritaire possible entre la France et la Tunisie, Benoît Hamon a déclaré : « On ne va pas former en temps réel la police tunisienne à maintenir l'ordre. Si c'est pour envoyer des compagnies de CRS ou de gardes mobiles en Tunisie, assurer l'ordre en lieu et place de la police tunisienne et de défendre le régime en place. D'abord, ça ne serait pas accepté par le régime en place et il aurait raison. Et je pense que ça serait une erreur politique évidemment de la part de la France. »


    Jean-Marc Ayrault sur LCI

    "Je voudrais dire ma solidarité avec le peuple tunisien qui se révolte contre l'injustice sociale et aussi contre un régime corrompu et policier. Il faudrait que la France condamne, moi je condamne la répression: on tire sur des gens, il y a des morts" et en France "on a le silence".
    Alors qu'on lui demandait si le président (Zine El Abidine) Ben Ali devait quitter le pouvoir, il a répondu: "Je crois que c'est inévitable. Il faut qu'il parte", mais dans le cadre d'"une solution démocratique, parce que si c'est pour mettre en place une solution encore plus dure, encore plus autoritaire, ce serait une catastrophe". Il a trouvé "ignobles" les propos de Michèle Alliot-Marie mardi devant l'Assemblée nationale, évoquant une coopération sécuritaire possible entre la France et la Tunisie. Mme Alliot-Marie avait suggéré que "le savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires de ce type"...."Voilà la parole officielle du gouvernement devant les députés (...), je trouve que c'est ignoble de dire ça à l'égard d'un peuple qui souffre". Selon lui, "la voix de la France devrait être une parole claire et aujourd'hui elle est totalement embarrassée, comme s'il fallait que ça s'arrange avec le président Ben Ali et le régime qui est le sien".

    Claude Bartolone  sur RTL

    Sur la Tunisie : C'est terrible de voir ce qui s'y passe, cette souffrance. C'est terrible d'assister à cela sans avoir une condamnation terrible. Rien ne justifie que l'on puisse tirer sur des salariés, des femmes, des hommes et quelles que soient les avancées qui ont été rappelées par Alain Duhamel, qui a pu connaître le pays sous la gouvernance du Président Ben Ali, c'est une situation inacceptable. Après ? Quelle est la situation actuelle ?
    A la fois, il y a crise de régime mais sans alternative ; et du coup, il y a cette espèce de paralysie de ceux qui aiment la Tunisie et des responsables politiques. C'est de dire : quoiqu'il arrive, et  on l'entend dans les déclarations de l'Opposition tunisienne, ça passera dans un premier temps par un débat avec le Président Ben Ali ; et du coup, chacun retient son souffle, ne connaît pas quelle est la bonne proposition, ne sait pas quelle est l'idée à formuler si ce n'est de dire notre disponibilité mais sans savoir exactement - hélas ! - quelle est la bonne sortie de crise…

    JM APATHIE : Vous regrettez le silence des autorités françaises ? Ou leur relatif silence ? L'embarras ? Le manque d'analyse ?

    « Au moins, je regrette la condamnation. Quand il y a des morts, il faut que l'on puisse condamner. Après, il faut être très attentif. Moi, voyez, je ne voudrais que l'on assiste à un gouvernement français qui d'un seul coup, redécouvre les charmes de la Chine et de ses gouvernants parce qu'ils peuvent commander des Airbus et ils ont le carnet de chèques de disponible, et être plus inflexible avec la Tunisie parce qu'ils  n'ont pas les mêmes moyens financiers. » … « Je pense qu'il y a des moments où l'amitié ne peut pas imposer le silence. Aujourd'hui devant les morts, aujourd'hui devant les témoignages de la population tunisienne, il faut être capable de dire... Rien ne justifie que l'on puisse tirer comme cela sur le peuple tunisien. Mais dans le même temps après, il faut être disponible pour aider sans malheureusement avoir la solution.

     

     

    Point de vue

     

     

    Reçu ce message d'un ami tunisien

     

    TUNISIE / UNE JEUNESSE QUI S’INDIGNE

     

    Il convient tout d’abord de souligner que le parti au pouvoir gouverne le pays tunisien depuis 55 ans. A telle enseigne que ce parti considère le pays comme sa propriété et le peuple comme ses sujets. Le parti au pouvoir gère le pays comme une entreprise. Ce n’est pas un hasard si le FMI le considère comme un bon élève. Le parti au pouvoir s’adapte successivement aux directives financières et économiques et aux politiques géostratégiques développées par Washington.

    Et aucune crise sociale majeure tunisienne n’a été résolue par une démarche démocratique. La dernière en date est celle de Sidi Bouzid. Mais bien avant elle, il y avait celle du bassin minier de Gafsa… Et bien longtemps avant elle, il y avait celle de l’hiver 1978. Ce qui fait apparaître une plage équivalente à 22 ans, soit une génération, entre 1956-1978 d’une part et 1987-2010 d’autre part.

    Sans trop pousser l’analyse, cette constatation me permet d’avancer l’idée que ce n’est pas «  le pays qui cherche sa définition », c’est plutôt le parti au pouvoir qui s’essouffle et qui « cherche sa définition ». Cela veut dire que la classe dirigeante n’est pas au niveau de compétence souhaité pour anticiper démocratiquement les crises. Bien que l’opposition de gauche ait averti les décideurs gouvernants que leur gestion du pays emmène  les citoyens directement dans le mur.

     

    Comme l’alternance n’est pas une culture politique admise par le parti au pouvoir depuis 55 ans, la solution admise par son élite pour résoudre une crise politique grave, est celle du coup d’Etat. Si le coup d’Etat de 1987 a été justifié par le spectre du terrorisme et de l’intégrisme religieux, nous pouvons encore assister à un prochain coup d’Etat qui sera justifié par le spectre du terrorisme et de la corruption.

    Or, le danger du terrorisme et de l’intégrisme religieux n’est pas propre à notre pays. Bien qu’il soit brandi dans d’autres pays surtout démocratiques, au nom du sécuritaire, cela n’a pas empêché l’alternance d’avoir lieu ou du moins un partage régional du pouvoir. Les valeurs républicaines et les mécanismes démocratiques y sont soulignés, défendus, débattus, médiatisés, propagés quand cela est nécessaire pour éduquer les citoyens, les faire partager, les faire participer à toute action démocratique susceptible de contrer les dangers de l’extrémisme, du racisme, de l’antisémitisme...

     

     

    Ce n’est pas le cas dans notre pays. L’information républicaine et démocratique est censurée. Par contre, l’information religieuse prolifère. Rien qu’à écouter les prêches des vendredis, nous ne pouvons nullement nous étonner de la montée en force des croyances erronées. En premier de ces croyances, les lois de Dieu sont au dessus de toutes les autres lois. Comme il n’y a pas de séparation entre la religion et la politique, nous assistons à l’omniprésence du religieux politique au quotidien. Ce système dominant est considéré comme le terreau de forces politico-religieuses qui revendiquent une « Tunisie islamique ». Ce système a été renforcé, lentement mais surement, depuis 1987.

    Il est nécessaire d’avoir des repères forts : la République, l’Etat, la Nation… Or, ces repères tendent à céder la place à d’autres repères plus religieux que politiques, comme le crypto-califat, la crypto-charia, la crypto-omma, la crypto-choura…soutenus par la finance islamique.

    Pourtant tout a bien commencé dés le début de la République avec le statut de la femme, la laïcité en filigrane,  l’africanité en tant qu’appartenance, l’histoire trois fois millénaire du pays… L’identité tunisienne s’est forgée déjà autour de ces repères forts de la République.

    Donc, ce n’est pas à partir du coup d’Etat de 1987 que l’identité nationale a été « visionnée ». On dira plutôt qu’elle a été « revue et déviée » à partir de cette date. D’ailleurs des  pratiques et des symboles récents confirment cette nouvelle approche de l’identité.

    A titre d’exemple, la construction de la mosquée somptueuse de Carthage  au milieu des vestiges. Cette construction, qui n’a jamais été faite auparavant, même par les conquérants arabo-musulmans au 7ème siècle, représente un symbole fort pour l’identité « revisitée ». C’est une marque qui met en évidence et en parallèle, deux dates-repères : celle de « l’avènement de l’Islam » et celle du « changement ».  Comme quoi, tout a bien commencé avec l’année 622 et l’année 1987.

    Prenons aussi l’exemple de l’entreprise étatique d’électricité et de gaz « STEG » qui affiche sur son site web la date « 1987-2010 = 23 ans », alors qu’elle a été créée en 1962.

    Enfin, un dernier exemple consiste pour plusieurs politiques à ne pas considérer la présence ottomane en Tunisie ni comme une occupation ni comme un protectorat à l’instar du protectorat français, car le premier est islamique sunnite alors que le deuxième est chrétien catholique.

    La majorité de la « diaspora » tunisienne vit dans un espace démocratique où les conflits sociaux se résolvent selon un mécanisme basé sur la séparation des pouvoirs législatif, juridique, exécutif et aussi médiatique. Les événements de Sidi Bouzid ont montré l’absence de ce mécanisme dans notre pays. Ce n’est pas nouveau. La « diaspora » tunisienne doit être convaincue que son apport financier, économique et même technique pour la « mère-patrie » doit être accompagné aussi d’apport de pensées et d’actions pour la démocratie, la liberté d’expression et la libre circulation. Cela ne peut que renforcer la confiance entre les rives et le développement durable. Car une crise socio-économique doublée d’une crise de confiance, il n’y a pas pire. La confiance fait partie de la démocratie. Et la démocratie doit s’installer sur les rives. Il ne faut plus faire semblant de ne pas voir ou de reporter à plus tard l’avènement démocratique véritable.

    Le jeune Mohamed Bouazizi s’est immolé parce que sa charrette a été confisquée par les autorités, parce qu’il a été humilié. Les gens, particulièrement la jeunesse, se sont indignés. Ils ont manifesté leur colère, leur indignation. Ils ont été maltraités, certains emprisonnés, d’autres torturés. Plus d'une dizaine ont été tués. Cela est inacceptable. Cela est contraire aux droits de l’homme. Mais il semble que ce n’est pas contraire aux lois de Dieu !

     

     

     

     

     

     


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